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dimanche 13 avril 2014

Lyre d'Hermès, d'Apollon et d'Orphée



Jean de Bologne,
vers 1580
Né de bon matin, il jouait déjà de la lyre le midi et volait les boeufs d'Apollon le soir. Rhétorique du raccourci, Homère résume en trois temps la personnalité du dieu Hermès (Mercure pour les Romains) : précoce, esprit aussi inventif qu'astucieux, de surcroît doté d'un talent certain pour la rapine. Zeus comprend immédiatement le parti à tirer d'un tel caractère, dote ce jeune fils d'attributs ailés (sandales et casque), du pouvoir de se rendre invisible et en fait le messager de l'Olympe. Dieu des routes et du voyage, des échanges et, par extension, du commerce, il est aussi -par travers divin- celui des voleurs (les monte-en-l'air, selon la délicieuse périphrase argotique). Venons-en à la lyre qu'Hermès, inventa, dit-on, encore enfant.


Lyre antique grecque
reconstituée par
Annie Bélis (CNRS)
Une infortunée tortue passant près de la caverne où il aurait dû encore têter, Hermès se mit en tête de la tuer et l'éviscérer. L'idée d'un instrument lui était venue... Manquaient les cordes. Son aîné, Apollon gardant distraitement un troupeau de boeufs, l'enfant s'entendit à voler le bétail et, au prix d'un autre carnage, fit des boyaux des boeufs les cordes dont il avait besoin. Le vol ne passa pas inaperçu et l'auteur fut confondu par Zeus. En échange de son pardon, Hermès joua de l'instrument puis, voyant son demi-frère charmé, le lui offrit. Apollon, dieu de la musique et de la poésie chantée, devient ainsi citharède (joueur de cithare) et fait de la lyre un de ses emblèmes. Le chant qu'il en tire ravit les dieux, les bêtes les plus féroces et jusqu'aux pierres qu'il a le pouvoir de soulever.



Orphée charme les animaux,
mosaïque romaine, vers 225
Vint au monde Orphée. Né des amours d'un demi-dieu et de Calliope, le garçon montre très tôt des talents exceptionnels pour la poésie et le chant. Instruit et parrainé par Apollon, il reçoit des mains du dieu la lyre d'Hermès à laquelle il ajoute deux cordes (ainsi portées au chiffre de 9, en hommage aux neuf Muses). Son art tient du prodige : aux sons mêlés de sa voix et de la lyre, Orphée envoûte hommes, animaux, rochers et montagnes. Il épouse Eurydice mais, le jour-même des noces, la morsure d'un serpent envoie la jeune femme au royaume des morts. Orphée décide de descendre aux Enfers et d'en ramener sa femme.


Jules-Elie Delaunay, Orphée 
et Eurydicegrand foyer de
 l'Opéra de Paris, vers 1874
Armé de sa seule lyre, il affronte le passeur Charon, le monstrueux Cerbère, traverse le Tartare où errent les âmes en peine et parvient jusqu'au trône d'Hadès. L'art d'Orphée est si puissant que les divinités souterraines accèdent à sa demande : il est autorisé à repartir avec son aimée, à la seule condition de faire le chemin sans jamais la regarder tant qu'elle appartient au royaume des morts. Par méprise (il vient de faire son premier pas à la lumière du jour), Orphée enfreint trop tôt la règle, se retourne et Eurydice, encore dans les ombres, lui est arrachée cette fois-ci, à jamais.


Lamentations d'Orphée, Alexandre
Séon, 1896
Accablé de douleur, Orphée sombre dans un interminable deuil et reste fidèle au souvenir d'Euridyce. Croisant un jour un groupe de Ménades, le poète est attaqué par ces femmes qui, en proie à l'hystérie collective, le tuent et le dépècent. La légende veut que la tête qu'elles avaient arrachée puis jetée à la mer, soit remontée en chantant jusqu'à l'île de Lesbos, terre de poésie. Les Muses ensevelissent Orphée au pied de l'Olympe. Apollon, quant à lui, reprit la lyre et la mit au ciel. Elle deviendra constellation que l'on sait.



La Tête d'Orphée (détail)
Gustave Moreau, 1865
Le mythe d'Orphée est, on le voit, des plus sombres. Il est aussi des plus fondamentaux. Il fut prolongé par plusieurs légendes et alla jusqu'à engendrer, au VIème siècle avant J.C, un courant religieux hautement ésotérique -l'orphisme- qui influença entre autre Pythagore et Platon. Les artistes, de leur côté, ne pouvaient que recevoir fortement cette histoire où poésie, chant et mort s'articulent en une métaphore édifiante sur l'art. Peintres, compositeurs, poètes, dramaturges et cinéastes en ont fait d'innombrables représentations, interprétations et transpositions. 


Sources : http://mythologica.fr/grec/hermes.htm
http://mythologica.fr/grec/orphee.htm
http://fleche.org/lutece/expo/orphisme.html (synthèse sur l'orphisme)
http://leslettresdevictor.weebly.com/orpheacutee-et-euridyce.html

+ pour finir sur quelques notes


Détail d'amphore,
vers 490 avant J.C
Que savons-nous de la musique de la Grèce antique ? Un nombre considérable de fresques, poteries, mosaïques attestent de son importance au quotidien... mais de quels éléments disposons-nous pour reconstituer cette musique et en entendre ne serait-ce qu'un écho ? Historiens et archéologues ont pu rassembler suffisamment d'éléments pour que des luthiers reproduisent cithares, percussions et flûtes. Les textes de l'abondante littérature grecque donnent des indications sur les arts du théâtre, le déroulement des spectacles, l'interprétation, ainsi que sur les systèmes d'écriture, les gammes, modes, rythmes... L'immense difficulté est de retrouver des partitions : seule une soixantaine de documents nous est parvenue : de fragiles papyrus 


Apollon citharède, fresque
romaine du Ier siècle
souvent fragmentaires ainsi que quelques compositions gravées sur des stèles. Chercheurs et musicologues essaient de préserver ce patrimoine vieux de parfois 20 siècles. Des ensembles musicaux ont pris le relai et se sont spécialisés dans ce répertoire. A côté de groupes d'une intégrité exemplaire (tel Kérylos, dirigé par Anne Bélis), on trouvera des interprètes ayant fait des compromis, sacrifiant l'authenticité  au goût moderne. Du moins pouvons-nous, à travers leur travail, entendre ces mélodies sauvées du silence de l'oubli. 


Voici un extrait de l'album Musique de la Grèce Antique, enregistré en 1979 par l'Atrium Musicae de Madrid. Fragment d'un hymne à la Muse, pièce vocale accompagnée à la lyre. Vraiment touchant.



Sources : http://www.anticopedie.fr/download/musique-grecque-fr.pdf
https://www.youtube.com/watch?v=7838rAa6sEM&list=PL6188CF7F8AED6ED4&index=17

mercredi 9 avril 2014

Le gai rossignol, le merle moqueur


Hovering in the balance,
 Louise McNaught, 2012
J'ai failli les oublier ! Quelle injustice, alors que je vis avec un arbre, dûment habité... comme vous pouvez l'imaginer. Au moment-même où j'écris, des sifflements flûtés venus de l'hibiscus répondent à ceux que j'écoute, enregistrés sur YouTube. S'il y a de grands phobiques des oiseaux, leur chant trouve peu de détracteurs : les pépiements, modulations et trilles de ces humbles interprètes emplissent l'air que nous respirons, de petits bonheurs. 
  
Drongo, par  François-Nicolas
Martinet, 1835, gravure pour
L'Histoire naturelle de Buffon

Ils ont par ailleurs inspiré aux plus grands compositeurs des arias, des rôles d'opéra et des pièces symphoniques : Stravinsky et son Rossignol, Wagner et l'oiseau de la forêt dans Siegfried (3ème opus de la Tétralogie), Olivier Messiaen qui composa l'opéra Saint François d'Assise, créé en 1983... Devant ce vaste choix que retenir ? De vrais oiseaux (sons saisis par ceux qui ne chassent que leur voix) et une oeuvre orchestrale courte. J'écoute la grive, le merle noir, le chardonneret, plusieurs rossignols, vais chercher les hirondelles, trouve les martinets, regrette un temps de ne pouvoir enregistrer mes propres zoziaux, avant d'admettre, in fine, le bien fondé de l'opinion commune : l'aubade donnée par le rossignol est incroyablement riche et mélodieuse.

G. Braque, gravure, 1962
En me documentant sur Messiaen, j'apprends que le musicien était un passionné d'ornithologie et que la composition de son Saint François d'Assise passa par la contemplation des fresques de Giotto aussi bien que par l'observation et l'enregistrement d'oiseaux d'Italie et de Nouvelle-Calédonie. Sans doute n'eut-il pas à aller si loin pour écrire Le Merle noir. Rencontre étonnante du sérialisme et d'un chant d'oiseau, ce morceau de musique de chambre, pour flûte traversière et piano, date de 1952. C'est, pour tout flûtiste, une pièce majeure du répertoire.


https://www.youtube.com/watch?v=BnjAtIWvzDQ
La famille des rossignols est vaste : les luscinia megarhynchos 
vivent en Europe et sont les chanteurs d'élite.


https://www.youtube.com/watch?v=IhEHsGrRfyY
Interprètes : Kenneth Smith (flûte), Matthew Schellhorn (piano)


Sources : http://www.lamediatheque.be/dec/oiseaux/musique_classique.php?reset=1&secured= (article sur les oiseaux dans l'histoire de la musique occidentale)
http://www.leducation-musicale.com/merle_noir.pdf

mardi 8 avril 2014

Voix des anges, voix étrange


Compilation par Virgin Classics
Je réfléchis beaucoup à ce qu'il convient de publier ou pas sur ce blog. Musique et apesanteur fut, à ce titre, un petit challenge, je m'en suis ouverte dans le premier billet du mois. Donc mythologie, flûte, Debussy, thérémine... Et mon cher opéra n'aurait rien à apporter à la chose ? Tss-tss ! J'avais d'abord pensé à Klaus Nomi et sa version de The Cold Song de Purcell. Mauvaise idée mais bonne piste : c'est évidemment dans la voix singulière des contre-ténors et des falsettistes que je vais débusquer des trésors d'apesanteur sonore. 


Le grand castrat Farinelli, par
Jacopo Amigoni, vers 1750
A cela plusieurs raisons. Chercher l'apesanteur ici, c'est d'abord partir à la quête de l'aigu : que la note plane haut et longtemps, aérienne. Le timbre de la voix devrait, idéalement, être légèrement métallique et froid, doté d'un vibrato à peine perceptible. Nous aurons alors un son désincarné, affranchi de sa condition purement terrestre. En quoi les contre-ténors correspondraient-ils à cette définition ? En cela que leur voix est foncièrement artificielle : elle résulte d'une technique vocale très élaborée qui parvient à contrecarrer les lois de la nature et celles de leur larynx. Ces chanteurs se sont pliés aux diktats de l'art du falsetto. Fausset... le mot est en soi éloquent. Rappelons que les castrats -qui obtenaient leur tessiture au prix d'une opération faite avant la puberté- avaient en revanche un chant naturel : on avait altéré leur production d'hormones et donc leur voix mais pas leur façon de s'en servir. 


Album de Cecilia Bartoli, en
hommage aux castrats, 2009
Voici donc des hommes chantant en voix de tête pour atteindre la tessiture féminine (une octave plus haut) qui était aussi celle des castrats, castrats dont ils reprennent le répertoire. Nous sommes dans la confusion des voix et des genres. Une voix d'homme, même contrainte à l'octave supérieure (me voilà à vérifier que le mot octave est bien féminin ; confusion n'était pas un vain mot !) n'est pas une voix de femme pour autant. Première étrangeté. Par ailleurs, le chant des contre-ténors manque de chaleur et d'humanité. Ce timbre à la fois asexué et aigu brouille nos repères et incendie notre imaginaire.


Qui allons-nous écouter ? Philippe Jaroussky. Ce contre-ténor est entré en musique fort jeune, par le violon puis le piano, avant de choisir le chant, à l'âge de 18 ans. Qu'il ait fait ses débuts sur scène 3 ans plus tard dit assez le talent insolent qui est le sien.


Alto Giove, est une aria extraite de Polifemo, un opéra composé par 
Nicola Porpora en 1735. Le rôle-titre fut créé Farinelli.

Représentation à l'opéra de Versaille, 2009


Pie Jesu est extrait de La Messe de Requiem en ré mineur (1888) de Gabriel Fauré. La partie soprane fut écrite pour une voix de femme.

Du pur apesant vocal, n'est-il pas ?

Sources : https://www.youtube.com/watch?v=wD9z-7I7JV4
https://www.youtube.com/watch?v=xTf14maKtT8&list=RDxTf14maKtT8

+ pour le plaisir du détournement


Ce tableau, dont l'auteur n'est mentionné nulle part, est un portrait de la musicienne Claire Diterzi. Etant passée par une école d'art, peut-être l'a-t-elle peint elle-même... Je ne comprends pas bien ce qui le fit apparaître dans ma recherche sur les castrats mais, entre l'Olympia de Manet, une longue tradition picturale de belles alanguies, l'ombre d'une vanité, une pincée d'orientalisme, de facétieux anachronismes et un saupoudrage kitsch, je trouve l'assemblage assez drôle et le détournement réussi. Vous ?


L'odalisque au laptop (titre de mon invention)


Source : http://www.artmony.biz/t2970-les-castrats

lundi 7 avril 2014

L'étherophone ou quand l'air chante


Clara Rockmore, diva
du thérémine, vers 1930
Il était une fois un instrument qui n'avait ni touches ni cordes, ni embout ni caisse de résonance. En jouer consistait à caresser l'air au-dessus des deux antennes qui lui servaient de clavier virtuel. Ce sortilège poétique et légèrement incongru doit beaucoup à la fée électricité. Né en 1919, le thérémine est de facto le premier instrument de musique électronique. En l'invitant ici, nous passons subtilement de l'apesant à l'a-touchant.

Lev Theremine faisant
une démonstration, c. 1920
Issu d'une famille de Saint-Pétersbourg, le jeune Lev Sergueïvitch Therem est passionné de musique et de physique, domaine auquel il se consacre d'abord. Devenu ingénieur en génie électrique, il travaille à l'élaboration d'un système d’alarme. Le voisinage de deux sources émettant des fréquences hertz élevées, crée un signal audible ; l'idée était de repérer la perturbation sonore que provoque l'intrusion d'un corps dans ce champ magnétique. Lorsqu'il prend conscience des capacités musicales de son invention, Lev passe -littéralement- du champ au chant électromagnétique. L'instrument est mis au point parallèlement à la technique (ô combien particulière !) qu'il faudra maîtriser pour en jouer. Conçue en 1919, plébiscitée l'année suivante par Lénine qui y voit la preuve du génie soviétique (... au point de prendre des leçons), l'invention est d'abord nommée étherophone et peut démarrer son étrange carrière artistique.


Charlie Clouser en concert
avec Nine Inch Nails,

crédits haroldbeukers.nl
Mélange insolite de violon, scie musicale et  vocalise de soprane, la voix du thérémine est singulière mais n'a rien de réellement beau. Son pouvoir de fascination tient tout entier dans la façon d'en jouer. L'instrumentiste ne touche pas son thérémine mais caresse l'air, à proximité de l'antenne verticale pour jouer les notes ; de l'antenne courbe pour moduler l'intensité. Le geste rappelle celui d'un maestro. L'extrême concentration de l'interprète renforce l'analogie : le thérémine est infiniment complexe à maîtriser. Et interloque qui assiste à la performance.

Pochette d'album de 
Lydia Kavina, 2008
Vous mâchonnez peut-être dans votre barbe "jamais entendu ce truc-là." Vous ayez probablement tort. Si l'âge d'or du thérémine se situe dans les années 30, l'instrument n'a jamais disparu. Quelques compositeurs modernes en ont tâté, les rock bands, la musique pop et la variété ont régulièrement réclamé ses bons services. Mais c'est surtout au cinéma que l'instrument doit son deuxième souffle. La singularité du son émis sert à merveille les ambiances inquiétantes : de Spellbound de Hitchcock à Le Silences des agneaux, en passant par une liste impressionnante de films et séries de science-fiction.


J'ai choisi une vidéo de Peter Pringle : cet enregistrement d'amateur a sans doute ses limites artistiques mais je le trouve émouvant. La prise de vue en plongée est par ailleurs intéressante pour la netteté des mouvements. 



Sources : http://fiches.lexpress.fr/personnalite/leontheremin_495539/biographie
http://ez3kiel.atelier-arts-sciences.eu/?p=181
http://www.larevuedesressources.org/le-theremine,1608.html
https://www.youtube.com/watch?v=K6KbEnGnymk

dimanche 6 avril 2014

Debussy, mouvance et fluidité


Jean Cocteau,
Faune, 1961
Avec le poème symphonique Prélude à l'après-midi d'un faune (1894), Debussy signe un chef-d'oeuvre et pose le premier jalon de la musique moderne. Le compositeur s'est expliqué sur ses intentions : «Ce sont [...] des décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves d'un faune dans la chaleur de cet après-midi. [...] il se laisse aller au soleil enivrant, rempli de songes.» Désir, rêves, laisser-aller, songes qui traversent l'espace musical (le sens de décors, ici)... Vous avez dit impressions ? 


Claude Monet, Une allée du
jardin de Monet
, 1901
Vous pouvez aller jusqu'à impressionnisme. Le mouvement est né dix ans plus tôt, sous l'impulsion d'artistes pour qui la peinture doit restituer la vérité immédiate de la lumière et de l’atmosphère : peindre vrai devient rendre compte de l’émotion première, des perceptions y compris celles qui échappent aux yeux. Séduit, Debussy ouvre la voix à l'impressionnisme musical. S'inspirant du poème éponyme de Stéphane Mallarmé, il compose un commentaire musical infiniment libre et subtil, une sorte de rêve orchestral peuplé de péripéties aux couleurs sans cesse changeantes. Si la section des cordes reste traditionnelle (violons, altos, violoncelles et contrebasses), Debussy donne les solos aux instruments à vent (flûtes, hautbois, cors, clarinettes, bassons) et  adjoint aux harpes deux crotales, cymbales antiques. 


Tête de femme coiffée de
cornes de bélier,

Jean Léon Gérôme, 1853
Avant de vous laisser au plaisir d'écouter (10 minutes de grâce musicale, enivrante et sensuelle ; les pressés se limiteront à l'introduction, extatique), voici l'extrait d'un texte de Pierre Boulez. «C'est avec la flûte du faune que commence une respiration nouvelle de l'art musical [...] L'emploi des timbres y est essentiellement nouveau, d'une délicatesse et d'une sûreté de touche tout à fait exceptionnelles ; [...] les bois et les cuivres y trouvent une légèreté de main et une sûreté d'emploi telles qu'on peut parler d'un miracle d'équilibre et de clarté sonore. Cette partition possède un pouvoir de jeunesse qui n'est pas encore épuisé.» (Encyclopédie de la Musique, éditions Fasquelle, 1958.)



L'orchestre symphonique de la radio de Stuttgart, 
direction de Georges Prêtre


Sources : http://www2.cndp.fr/secondaire/bacmusique/faune/fauneImp.htm 
http://patachonf.free.fr/musique/debussy/index.php 
https://www.youtube.com/watch?v=ZVlyXh87b1g
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2008/03/11/une-belle-rousse-avec-des-cornes-de-belier/ (si le portrait de la femme coiffée de cornes vous intrigue ou vous séduit)

vendredi 4 avril 2014

La voix du roseau, du cerisier et du bambou


Flûtes du monde
Voici de quoi emplir vos oreilles d'apesanteur. J'ai retenu trois solos, choisis dans un souci de diversité et de conformité à l'idée que je me fais d'un son désincarné. Ce ne sont pas forcément les plus flatteurs, ni les plus cajolants ; ils vous sembleront peut-être étranges. Tous sont servis par des artistes aussi intègres que passionnés. Je compte sur vous pour me dire lequel vous avez préféré. 

Le nay égyptien. L'instrument est apparu vers 3000 avant J.C, dans les civilisations sumerienne et pharaonique. Il doit son nom au mot persan signifiant roseauCette flûte à embouchure se décline en différentes tailles, chacune correspondant à un ton. Ainsi, les nayati, pour éviter les transpositions par les doigtés, changent d'instrument en cours de concert. Michael Ibrahim interprête ici un taqsim de sa composition, El Hobb

https://www.youtube.com/watch?list=RDiKRlJBcnEb4&v=iKRlJBcnEb4


La double flûte médiévale. Selon la mythologie grecque, c'est à Athena que revient l'invention de la flûte à double tuyau : craignant de s'enlaidir à trop y souffler, elle jeta l'instrument. Le satyre Marcyas, moins coquet que la déesse, ramassa la flûte dont le son l'avait touché. Voici l'extrait d'un concert de Pierre Hammon, spécialiste du répertoire médiéval, donné lors des Rencontres d'Aubrac, en 2012. 

https://www.youtube.com/watch?v=zTeHEGUMblk


Le shakuhachi japonais. D'origine chinoise, cette flûte s'est imposée dans la culture japonaise où elle devint entre autre un instrument de musique religieuse. Elle a bénéficié d'un regain de popularité à l'apparition des premiers synthétiseurs. Ceux de fabrication japonaise proposaient en effet le son de l'instrument par défaut. Aujourd'hui, la flûte shakuhachi apparaît dans des formations de jazz et en musique contemporaine. Ici, un morceau du XVIIIème siècle d'une étonnante modernité, interprété par Fukuda, un maître.

https://www.youtube.com/watch?v=f7s-wXZWT5o&list=RDf7s-wXZWT5o


Sources : Les généralités communiquées sur chaque instrument viennent de l'ami Wiki.
http://www.flute-a-bec.com/medieval.html (pour le type de bois utilisés dans la période médiévale)

jeudi 3 avril 2014

Flûte, de sortilèges et de charmes


La flûte est sans doute l'instrument le plus investi symboliquement. Elle apparaît dans force contes et légendes. Etroitement associée à la magie, elle se voit en particulier attribuer un pouvoir hypnothique. C'est, par excellence, l'instrument du charmePour le meilleur ou le pire. Petit survol.

Errol Le Cain, 1988
C'est d'une flûte que Mozart dote le Prince Tamino pour qu'il sorte vainqueur des épreuves qui l'attendent. Rappelons que pour le livret de La Flûte enchantée, Schikaneder s'est inspiré du Dschinnistan, un recueil de contes populaires allemands. Vous connaissez certainement Le joueur de flûte de Hamelin des frères Grimm. Un inconnu propose ses services aux habitants d'une ville infestée par les rats. Au son de sa flûte, les rongeurs le suivent jusqu'à la rivière où tous se noient docilement. Effrayés, les habitants déclarent le musicien sorcier et le chassent. Il revient quelques temps plus tard et, par sa musique, envoûte cent enfants qui disparaissent à jamais.


Le dieu Pan, par Arthur Rackham
Reculons dans le temps. Les dieux grecs étaient musiciens. D'une histoire d'amour qui tourne mal (Syrinx, la nymphe qu'il aimait préféra se changer en roseau plutôt que de lui céder), le dieu Pan fait la flûte qui porte son nom en taillant dans le bois de sa belle. Amphion éleva les remparts de Thèbe à l'aide de sa seule flûte : le chant de l'instrument avait le pouvoir de soulever les pierres.

Krishna par Bhakticandrika
Dans la vaste geste du Mahabharata, la flûte est l'instrument emblématique de Krishna. Ce dieu, par ailleurs puissant et fort craint, célébrait le bhakti -la dévotion- à travers les plaisirs de la musique et de l'amour. Il fabriqua une flûte capable d'envoûter et charmer n'importe quelle femme. La fascination exercée symbolise l'irrésistible attirance vers Dieu. Teint indigo, paré de bijoux, l'imagerie populaire le représente jouant de la flûte au milieu de bergères.


De Yuehui Tang
Sous tous les cieux, dans toutes les traditions populaires, profanes ou sacrées, du soufisme au chamanisme, on trouve des flûtes. Brute ou laquée, elle est avant tout un instrument rustique, improvisé dans un roseau ou un bambou. La flûte est sylvestre (Krishna, comme Pan, est une divinité des bois et des troupeaux), son pouvoir prend mille et un visages et mille et une légendes en rendent... conte. Instrument spirituel, la flûte est néanmoins fortement érotisée et ce ne sont ni les faunes suiveurs de Pan ni les filles de bouvier subjuguées par Krishna qui diront le contraire. La dernière image, façon joueur beau gosse, est donc un clin d'oeil. 


Tant de mots et pas le moindre arpège ? Si, bien-sûr. Demain.


Sources :  http://vedisme.free.fr/pages/krishna.htlm 
http://www.michaelspornanimation.com/splog/?p=1812 (illustrations de Errol Le Cain)
http://eclaircie.canalblog.com/archives/2010/06/17/17683677.html (mythologie)