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vendredi 23 mai 2014

La mort, pourvoyeuse d'apesanteur



Le Charme de l'au-delà, 
Gilbert Garcin, 2012
Nous voici parvenus à ce qui sera le dernier volet de ce blog : la relation entre l'apesanteur et la mort. D'un billet à l'autre, les deux notions se sont frôlées à maintes reprises (le sommeil, le rêve, le voyage astral) et les commentaires laissés ont souvent souligné l'analogie tant elle s'imposait. J'ai retardé le moment d'obscurcir l'apesanteur, explorant longuement ses côtés radieux. Au bout du compte, j'aurai gardé la fin... pour la fin.


Achille tente de saisir
l'ombre de Patrocle,
 
Henry Fuseli, 1803
Mes étudiants s'étonnent qu'il faille parfois mentionner les évidences. Je considère que toute démonstration s'appuie sur le socle de l'acquis. Fidèle à mes principes, je rappellerai donc ici que l'apesanteur n'existe pas sur terre, qu'envols, sauts et autres la simulent, que l'euphorie, la légèreté, la dextérité la métaphorisent mais que, faits de chair et de sang, nous n'avons d'immatériel que nos pensées, nos sentiments. nos rêves, soit notre esprit. Et notre âme, ajouteront ceux qui croient à son existence et donc à son immortalité. Nous y voilà. Pour certains, la mort anéantit tout. Pour les croyants (toutes obédiences confondues), la survivance de notre être tient à l'âme, évidemment immatérielle. La mort ne nous efface plus, elle nous désincarne. Nous voici divorcés de la vie terrestre donc du poids, apesants, insaisissables, envolés.


Illustration anonyme
pour le voyage astral
Quelles que soient nos convictions en la matière, la représentation de la mort comme séparation du corps et de l'âme est si prégnante que toute image associant d'un côté un corps allongé et inerte, de l'autre une forme éthérée ou ailée impose de soi l'idée du trépas. L'iconographie occidentale a figé ce dédoublement matière/esprit en synonyme de la mort. J'en avais été frappée au moment d'illustrer les billets sur le corps astral ou le rêve, ayant écarté beaucoup d'images où prédominait la connotation mortuaire. La mythologie nous avait fort honnêtement prévenus (voir billet du 31 janvier) : Hypnos et Thanatos sont frères jumeaux.


Voici cinq tableaux qui ont en commun de mêler les deux représentations. Le sommeil est un entre-deux, espace ambigu où rêve et mort entrelacent.


Le Rêve, Pierre Puvis de Chavannes, 1883


George Frederick Watts, Endymion, 1903


Le Rêve, Frida Khalo, 1940

lundi 10 février 2014

L'hôtel Le Seven fait votre lit en apesanteur


Nous l'avions vu à l'occasion d'un billet consacré à la vie des astronautes, le sommeil en navette spatiale ne nécessite rien dz plus qu'un sac de couchage. Un peu décevant pour qui rêverait lit à baldaquin et mobilier de nuit flottant nonchalamment en apesanteur. Pour ceux-là, voici l'adresse parisienne d'une annexe 5 étoiles de l'ISS, entre Saint Germain et la Mouffe : l'hôtel Le Seven, 20 rue Berthollet. Parmi les chambres proposées, celles à thème leur feront toutes envie : Plus près des étoiles, Bain suspendu, Lévitation sous toit et -le nec plus ultra- Lévitation Absolue. 


Le vertige du trapèze
Projet signé Cittadini des déserts





&







Un espace de rêve pour ceux qui rêvent de l'Espace.

Lévitation absolue, à l'hôtel Le Seven



Sources : http://www.sevenhotelparis.com/fr/rooms.html
http://www.cittadinidesdeserts.eu/index.php?/projet-oublies/hotel-m/
Photo prise par l'astronaute André Kuipers, sur http://blogs.esa.int/andre-kuipers/fotos/?lang=nl

dimanche 9 février 2014

Une belle lévitant nue dans son drap


Ce tableau mérite, me semble-t-il, une attention toute particulière. On le doit à Chagall. Est-ce l'inhabituelle prédominance du gris ou ce nu si charnel, je n'aurais certainement pas attribué ce tableau au maître du chromatisme onirique. Mais la vraie singularité de cette œuvre réside tout entière dans l'opposition entre la lourdeur de ce corps endormi et l'état d'apesanteur dans lequel il est représenté.


Nu au-dessus de Vitebsk, 1933


A priori, rien d'immatériel dans la chair de cette dormeuse callipyge : elle est à l'opposé de la désincarnation. C'est bien le dernier corps qu'on imagine lévitant. Et quelle lévitation ! Le mouvement du drap mérite d'être examiné. Loin de faire socle, un peu comme un tapis volant transporterait sa belle (Cf. photographie ci-dessous), il lévite aussi, verticalement, épousant le flanc de la dormeuse. On ne sait si c'est elle qui le pousse au rythme de son élévation somnambulique ou s'il est animé de mouvements aléatoires à l'image des objets en gravité zéro. Revenons au sommeil. Nu au-dessus de Vitebsk en résume admirablement l’ambiguïté : corps lourd et immatérialité du songe. Coup de chapeau à celle ou celui qui a trouvé le nom de l'exposition (Musée d’art et d’industrie de Roubaix) où cette œuvre était montrée : L'épaisseur des rêves. Versus l'immatérialité de l'homme selon Shakespeare. 

Sur un matelas de nuages


Sources : http://ma-voie-litteraire.onisep.fr/ 
(informations sur l'exposition Chagall à Roubaix)
http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/les-reves (photographie)


vendredi 7 février 2014

We are such stuff as dreams are made on


Au Crescent Theatre,
and our little life is rounded with a sleep, auront peut-être complété certains. Un très beau et très célèbre vers de Shakespeare tiré de The Tempest, sa dernière pièce, écrite en 1611. Je n'avais pas exactement pensé inviter Shakespeare sur Apesanteur et voilà qu'en cherchant un titre pour un billet, ces mots me reviennent en mémoire. Je m'interroge sur le sens à donner à rounded with a sleep, cherche des traductions, m'énerve de ne pas trouver tout de suite qui d'Ariel ou de Prospero parle. Cela m'amène à chercher l'extrait complet. Je reçois en plein cœur la beauté de la tirade (de Prospero, le vieux magicien donc) et décide de la publier.



Prospero et Ariel
William Hamilton, 1797
"Maintenant voilà nos divertissements finis ; nos acteurs, comme je vous l'ai dit d'avance, étaient tous des esprits ; ils se sont fondus en air, en air subtil ; et, pareils à l'édifice sans base de cette vision, se dissoudront aussi les tours qui se perdent dans les nues, les palais somptueux, les temples solennels, notre vaste globe, oui, notre globe lui-même, et tout ce qu'il reçoit de la succession des temps ; et comme s'est évanoui cet appareil mensonger, ils se dissoudront, sans même laisser derrière eux la trace que laisse le nuage emporté par le vent. Nous sommes faits de la vaine substance dont se forment les songes, et notre chétive vie est environnée d'un sommeil." Acte IV, scène 1, traduction de Didier Guizot, 1864. Quant à l'histoire... Prospero, puissant magicien, et sa fille Miranda vivent sur une île, en compagnie de Caliban, brutal et lubrique (préfiguration du ça freudien) et d'Ariel, esprit des 


Prospero et sa fille,
L et 
D Dillon, 1965
airs, inventif et dévoué quoique prisonnier des pouvoirs de Prospero. Le vieux magicien règne sur son petit monde avec despotisme. Tout bascule le jour où un navire transportant la plus haute noblesse italienne est pris dans une effrayante tempête : les naufragés échouent sur cette île enchantée. Prospero, qui est à l'origine de la tempête, va régler ses comptes (fils de roi, il fut jadis écarté du pouvoir par son propre frère), favoriser l'amour du prince héritier pour Miranda et soumettre ses puissants visiteurs à de nombreuses épreuves, mises en scène par les talents magiques d'Ariel. Le sens de la tirade s'éclaire... C'est une dénonciation de la double mise en abime : celle jouée par Prospero à ses visiteurs et celle que tout dramaturge sert à son public : talent d'illusionniste, avoue-t-il. Puis le discours passe avec gravité de tout n'est qu'illusion au théâtre à l’existence humaine n'est guère plus réelle. "Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil" est la traduction la plus courante. La vie environnée de sommeil de Guizot me semble plus subtile et plus fidèle à la formule shakespearienne.

Précisions et sources :
www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre5295-chapitre20210.html‎ (extrait du texte de Shakespeare)
Le dessin signé Léo et Diane Dillon est une illustration figurant dans une édition commémorative et publiée par Bantam Books 

jeudi 6 février 2014

Alfred Hitchcock et Dali portent le rêve freudien à l'écran


Avec Spellbound (La Maison du docteur Edwardes) d'Alfred Hitchcock, la psychanalyse fait son apparition dans le grand cinéma hollywoodien, en 1945, date à laquelle l'intelligentsia américaine avait reçu et accueilli les enseignements de Freud, très en vogue parmi les intellectuels. Hitchcock désirant tourner le premier film de psychanalyse, il fut secondé dans ce projet par un scénariste, Ben Hecht, qui lui-même consultait fréquemment des psychanalystes. De son côté, le producteur (Zelznick), autre client de la psychanalyse, va jusqu'à engager son propre thérapeute comme conseiller sur le tournage.

Gregory Peck faisant le
récit de son rêve
Le film commence dans un hôpital où le personnel attend le Docteur Edwardes, nouveau directeur de l'établissement. Un inconnu est pris à tort pour ce dernier. Quand on apprend que le Docteur Edwardes a été assassiné, les soupçons se portent sur l'usurpateur. Une femme médecin découvre que l'inconnu souffre d'une amnésie d'origine psychologique. Elle décide de percer le secret qu'il refoule et prouver ainsi innocence de l'inconnu. Dans Spellbound, le psychanalyste remplace l'inspecteur de police : c'est l'analyse freudienne qui mène l'enquête.

Ingrid Bergman, ravissante
psychanaliste
Depuis la parution de L'Interprétation des rêves (1900) de Sigmund Freud, il est admis que les rêves puissent révéler, sous forme codée, ce que chacun de nous refoule. Le devoir de l'analyste est d'examiner ce puzzle et d'essayer de  décrypter le message envoyé par le subconscient. D'où la présence, dans le film, d'une scène où le héros raconte un de ses rêves aux analystes qui étudient son cas. Hitchcock désire filmer le rêve et fait appel à Salvador Dali. Dans les longs entretiens qu'il eut en 1962 avec François Truffaut, le cinéaste s'est expliqué sur ce choix.

"It seemed to be a gambling house..."
Quand nous sommes arrivés aux séquences de rêve, j'ai  absolument voulu rompre avec la tradition des rêves de cinéma qui sont habituellement brumeux et confus, avec l'écran qui tremble, etc. J'ai demandé à Selznick de s'assurer la collaboration de Dali. [...] La seule raison était ma volonté d'obtenir des rêves très visuels avec des traits aigus et clairs, dans une image plus claire que celle du film justement. Je voulais Dali à cause de l'aspect aigu de son architecture -De Chirico est très semblable- les longues ombres, l'infini des distances, les lignes qui convergent vers la perspective… les visages sans forme… [...] J'aurais voulu tourner en extérieurs afin que tout soit inondé de lumière et devienne terriblement aigu, mais on m'a refusé cela et j'ai du tourner en studio. Cette collaboration, humainement fructueuse pour les deux artistes, est donc un échec esthétique pour Hitchcock qui sera contraint de fractionner le rêve en quatre épisodes, n'ayant obtenu qu'en partie ce qu'il souhaitait. Personnellement, j'ai toujours admiré la façon dont cette séquence approche l'essence des rêves, restituant aussi bien la discontinuité narrative que l'inextricable mélange d'absurdité et de sens. 


mercredi 5 février 2014

La faculté se penche sur notre sommeil

 
Revenons à cette dualité du sommeil : lourdeur et immatérialité ; immobilité et échappée ; repos et activité. La langue rend compte de ces deux aspects, la médecine nous explique leur alternance et leur imbrication. Les artistes et quelques instruments d'enregistrement médicaux nous donnent un aperçu.

Le Sommeil de Saint Pierre,
Giuseppe Antonio Petrini, circa 1730
Dormir comme un loir, un sommeil de plomb, tomber de sommeil, avoir le sommeil lourd, profond... C'est ce dernier mot que retient la médecine. A la différence du sommeil lent léger, le sommeil lent profond est la phase où le corps tourne en bas régime : yeux immobiles sous leurs paupières, battements du cœur et activité cérébrale ralentis... Le cerveau devient insensible aux stimulations extérieures (bruit, lumière) et le dormeur à celles de son propre corps.


Tracé d’électroencéphalo-
gramme d'un dormeur revisité 
en toile abstraite
Aux phases de sommeil lent léger puis lent profond succède le sommeil rapide, plus connu sous le nom très expressif de sommeil paradoxal. En quoi y a-t-il paradoxe ? Le tonus musculaire est aboli. Comme dans le sommeil profond, le dormeur est difficile à réveiller. La comparaison s'arrête là car, en phase de sommeil paradoxal, le dormeur voit les battements de son cœur s'accélérer, ses yeux bougent (les médecins parlent de salves de mouvement) et l'activité cérébrale est celle d'une personne en éveil. Les neurologues pensent que le sommeil rapide pourrait jouer un rôle dans le développement cérébral. C'est par ailleurs le terreau de prédilection des rêves.


Le rêve, Paul Delvaux, 1935
Le rêve se caractérise par des images très détaillées associées en un ou plusieurs scénarios avec scènes, personnages, dialogues et émotions. Le contenu est plus ou moins ordonné et peut suivre une narration logique ou incohérente. La question de la nature et du sens des rêves a trouvé des réponses bien différentes au cours des âges : visitation des dieux, messages prémonitoires, voyage astral, manifestations -riches de sens- remontées de notre inconscient ou ... simples résidus de la mémoire relâchés aléatoirement. 


Où que soit la ou les vérités, nos rêves nous laissent rarement indifférents. On raconte volontiers ceux dont on se souvient. On leur cherche un sens, chacun selon ses codes de décryptage. Ils sont source de confusion, d'amusement ou de peur, parfois de bien-être ou d'espoir. Certains nous laissent un durable sentiment de malaise. On trouve des scènes et des récits de rêves dans tous les arts : littérature, cinéma, musique... Les peintres ont représenté les rêves célèbres (songe de Scipion, de David, de Joseph). Les surréalistes, eux, ont sondé l'inconscient à loisir et, suivant la voie déjà empruntée par les symbolistes, ont  puisé sans fin dans la manne onirique, pourvoyeuse d'images foisonnantes et débridées. 


Le Rêve, Odilon  Redon, 1904

Sources : http://www.institut-sommeil-vigilance.org/tout-savoir-sur-le-sommeil
http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-reves-le-regne-du-paradoxal-41.asp?1=1
Le tracé de l'électroencéphalogramme provient de http://www.santelog.com

lundi 3 février 2014

La compagnie Flou mise nettement sur vos rêves


Ce travail sur sommeil et apesanteur a pour origine le foisonnement d'images représentant un dormeur en suspension (qui dans les nuages, qui dans une bulle, qui flottant tel un être désincarné...) Mis en demeure de représenter le sommeil, les artistes ont souvent choisi de montrer le dormeur dans l’immatérialité de ses rêves. Fondée en 1978, la compagnie milanaise Flou fut pionnière dans la création d'une literie haut de gamme alliant confort parfait et art du design. Ses campagnes publicitaires devaient contribuer à l'élaboration de cette culture du sommeil que l'entreprise défendait. Réalisée en 2008 par l'agence Publicis de Milan, la campagne Dreamed on a Flou bed  (Ce rêve a été fait sur un lit Flou) est devenue culte.


Paris, quartier de la défense
Dormeur aux lunettes


&


Vivez vos plus beaux rêves en songe


Dreamed on a Flou bed, 
photographie de Michael Lewis


Sources : http://adsoftheworld.com/media (la campagne de Publicis Milan)
http://www.cotemaison.fr (la compagnie Flou et photo de la Défense)
Banque d'images www.visualphotos.com, Stock Photos NHF00465 (photo du dormeur) 

dimanche 2 février 2014

Le corps astral, immatériel, agile et apesant voyageur


Campagne publicitaire 
pour la literie Flou
Quittons, le temps d'un billet, la pensée cartésienne pour nous aventurer sur le terrain de l'occultisme. Sujet du jour : la sortie hors du corps, dite aussi décorporation ou voyage astral. C'est là l'interprétation du sommeil et des rêves que défendent les tenants d'une version ésotérique. J'ai puisé à diverses sources dont le très fiable site des Sceptiques du Québec : on y rend compte de croyances sans les partager. Sur leurs pas, j'essaie ici d'exposer la théorie du corps astral, en gardant les idées claires. 

Photomontage trouvé
sur 
mysteredumondetizzy.blogspot.com
Le photomontage et le dessin publiés à gauche et ci-dessous tentent de visualiser la décorporation d'une dormeuse dont le corps astral se détache, conformément à la pensée occulte. La théorie soutient que notre être est composé de plusieurs "corps" dont un seul est matériel. Les autres, qualifiés de corps subtils (corps éthérique, corps astral... dont les noms et le nombre varient d'une obédience à l'autre) ont une vie



Le cordon d'argent
autonome durant le sommeil ou à la faveur de certains états intermédiaires (méditation, rêve éveillé...) Emancipé de la matérialité du corps de chair, le corps astral jouirait d'une liberté de mouvement totale. Capable de se déplacer où bon lui semble, il volerait haut, se déplaçant dans l'espace de la chambre, de la ville ou du pays. Il pourrait même quitter la planète et entreprendre ce qu'on appelle une projection astrale. Le voyage terminé, il réintègre l'enveloppe charnelle, ramené au corps physique par le lien d'argent, lumineux et immatériel cordon ombilical de soi à soi, situé au niveau d'un des chakras. Des contes à dormir debout ? L'équité suppose d'écouter aussi ceux qui y croient.


Le corps astral, dépourvu de son corps physique, ne connaît plus d'obstacle et traverse aussi bien les murs que tout autre barrière matérielle. Le sujet peut alors voyager librement sans aucune limitation terrestre. Le corps astral est très subtil, il flotte dans les airs comme un oiseau, il passe au travers des murs et des choses comme un fantôme. Il voyage à la vitesse de la pensée. On se concentre sur un endroit précis et la pensée nous y amène… Il lui arrive de planer vers des lieux éloignés ou encore de rentrer en interaction avec d'autres personnes. La personne se rend compte qu'elle est hors de son corps physique qu'elle voit d'un point de l'espace situé généralement en hauteur. Il arrive également que le sujet ait des visions non conformes à la réalité ordinaire. Il s'agit en général d'images déformées, d'apparitions multicolores aux formes abstraites : cela s'interprète comme des visites dans d'autres univers.

Logo de la signataire
du texte reproduit

Pour se faire une opinion ... 

La théorie selon laquelle l'humain est composé de plusieurs niveaux est aussi vieille que les questionnements métaphysiques c'est à dire (à peu de choses près) que le monde. On la retrouve aussi bien chez Aristote, que dans les philosophies hindouiste et bouddhiste et, avant cela, dans l'Egypte ancienne. Il s'agissait, à travers un système théorique, de rendre justice à la complexité de l'essence humaine. Pas de qui fouetter un athée, en somme. Puis vint Madame Blavatsky et sa société de Théosophie (fondée à New York, en 1875) qui entreprit de théoriser le paranormal. Elle est à l'origine du Septénaire, doctrine selon laquelle l'être humain posséderait sept corps. L'idée, qui n'était pas nouvelle, fit souche auprès de la plupart des mouvements intéressés à l'occulte, l'ésotérique ou le paranormal. 


Apesanteur
Mathieu Weemaels, 
2007
Faisons maintenant un constat : la sensation d'avoir flotté au-dessus de son corps est une expérience somme toute assez répandue. Des statistiques (enquête menée en 1982 par la psychologue Susan Blackmore) évaluent à plus de 15% le nombre de personnes à l'avoir vécue. La science attribue la sensation de décorporation à processus cérébral connu car proche de celui observé dans les cas d'hallucinations : une désinhibition neuronale -dans le cortex visuel- que les chercheurs savent induire en laboratoire, par des stimulations électriques appliquées entre le lobe temporal et le pariétal du cerveau. Le voyage astral serait donc un voyage hallucinatoire. Il n'en reste pas moins troublant.


Sources : http://la-tranquillite.forumdediscussions.net/t773-le-voyage-astral 
http://www.sceptiques.qc.ca, site de l'Association des Sceptiques du Québec. Un grand merci à eux pour la clarté, la précision des informations publiées ainsi que pour la tempérance de leurs opinions. 

samedi 1 février 2014

Cocteau, portraitiste du sommeil des hommes


Le romancier Raymond Radiguet, vie 
fulgurante fauchée à 20 ans
Jean Cocteau a traqué les mystères du sommeil sur le visage de ses amants endormis. La fascination inquiète face à cette absence de l'autre (ton corps est là, mais toi, où es-tu parti ?) lui a fait crayonner des portraits de Raymond Radiguet ou Jean Marais, dans l'abandon de leur sommeil. Ceux rassemblés dans Vingt-cinq dessins d'un dormeur sont consacrés au poète Jean Desbordes. D'abord exposés dans la galerie parisienne Les Quatre-Chemins, ces dessins font, en 1929, l'objet d'un tirage en édition limitée. Un dormeur est le modèle des modèles. On risque en le copiant avec patience de copier l’élément où il baigne et de portraiturer, sans préméditation, l’atmosphère du songe. écrit Cocteau dans la préface. Dessinateur, graphiste, dramaturge mais avant tout poète, Cocteau mit des mots sur l'étrangeté du sommeil. Ci-dessous, deux poèmes extraits du recueil Plain-Chant (1923). Le premier est la contemplation anxieuse du sommeil de l'aimé ; l'autre est une ode au rêve. On y retrouve le mythe de Morphée, visiteur nocturne et escamoteur de réalité.


Portrait extrait de Vingt-cinq 
dessins d'un dormeur
Mauvaise compagne, espèce de morte,  
De quels corridors,
De quels corridors pousses-tu la porte,
Dès que tu t’endors ?
Je te vois quitter ta figure close,
Bien fermée à clé,
Ne laissant ici plus la moindre chose,
Que ton chef bouclé.
Je baise ta joue et serre tes membres,
Mais tu sors de toi,
Sans faire de bruit, comme d’une chambre,   

On sort par le toit.



"Puisse durer toujours une si grande joie
Qui cesse le matin,
Et dont l'ange chargé de construire ma voie
Allège mon destin.

Léger, je suis léger sous cette tête lourde
Qui semble de mon bloc,
Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,
Malgré le chant du coq.

Cette tête coupée, allée en d'autres mondes,
Où règne une autre loi,
Plongeant dans le sommeil des racines profondes,
Loin de moi, près de moi."

(extrait)

Où part le dormeur ? Pour quel voyage a-t-il embarqué ? Nous allons prêter une oreille prudente à la réponse ésotérique, prendre consciencieusement note de l'avis médical puis foncer sur l'analyse freudienne des rêves. Et bien sûr, nous délecter des oeuvres où les artistes ont exploré cet énigmatique vie parallèle que chacun mène au coeur du sommeil.


Portrait de Jean Marais dormant, Jean Cocteau
1947, crayon sur papier
 

Sources : http://education.francetv.fr/dossier/jean-cocteau-o32566-portraits-et-auto portraits-4883, http://bibliotheque-gay.blogspot.com/2013/01/25-dessins-dun-dormeur-jean-cocteau-1929.html
Le deuxième poème de Plain-Chant est disponible en intégralité sur http://www.poesie.net/cocto1.htm

vendredi 31 janvier 2014

De l'Olympe, des dieux et de nous


J'avais annoncé un détour par la mythologie gréco-romaine. Nous sommes fils et filles de l'antique civilisation grecque. Notre représentation du monde, notre imaginaire sont imprégnés à jamais de ses mythes. L'expression consacrée est mythes fondateurs. Ceux présentés ici le sont indéniablement.  

Psyché reçue dans l'Olympe, 1524
Polidoro Caldara da Caravaggio
L'art, de la peinture à la sculpture, de l'opéra au cinéma, du classique au fantastique -science fiction comprise- a assuré la pérennité de ces dieux : dépouillés de toute crédibilité religieuse, ils sont devenus nos archétypes universels. Nés en Grèce antique, repris puis largement propagés par l'empire romain, ils ont pénétré jusqu'à notre parler moderne qui y fait d'incessantes références (potion aphrodisiaque, force herculéenne, allure martiale, foudres jupitériennes), ont donné leur nom aux planètes du système solaire ainsi qu'aux jours de la semaine. La psychanalyse y a trouvé matière à baptiser ses plus beaux complexes. Et, bien sûr, ces homérique épopées que sont L’Iliade et L'Odyssée n'en finissent pas d'enchanter les enfants et de nourrir les programmes scolaires. Petit rappel des origines. Selon la théogonie grecque, tout commença avec un être immatériel (Kronos, Cronos ou le Chaos primordial, selon les auteurs) qui engendra le Monde à savoir la terre, les hommes et les dieux. Dans cette descendance fournie, attachons-nous à celle de ses filles qui nous intéresse le plus ici : Nix, déesse de la Nuit. 

Hypnos et Thanatos portant le corps de 
Sarpedon aux Enfers, amphore circa 500 av. J.C
Elle engendre à son tour de nombreux enfants dont Hypnos et Thanatos. Thanatos est le dieu de la mort et Hypnos la personni-fication du sommeil. Non contents d'être frères, Hypnos et Thanatos sont jumeaux et œuvrent souvent de concert. Hypnos est parfois représenté sur les tombeaux, périphrasant la mort en sommeil éternel. C'est un dieu puissant mais sombre. Son séjour -une caverne brumeuse- est traversé par les eaux du Léthé, le fleuve de l’oubli. 

Morphée, Jean-Antoine Houdon,
1769
Hypnos vint lui aussi à procréer (peut-être incestueusement, avec Nix, sa nuit de mère). Naquit Morphée. Dieu onirique, il est chargé d'entrer dans les rêves des mortels en prenant la forme d'un être cher au dormeur. Le plus énigmatique chez cet illusionniste herma-phrodite est que ce leurre avait pour but de permettre aux mortels d'échapper aux machinations ourdies par les dieux. Si la nuit porte conseil, c'est sans doute grâce aux avertissements qu'Hypnos vient y dispenser.

Nuit et Sommeil,
Evelyn de Morgan, 1878
Enfin cette famille est portée sur la distribution de substances et adjuvants rien moins qu'innocents : Hypnos est représenté tenant à la main des fleurs de pavot, pourvoyeuses de repos paisible et de rêves aimables. Morphée a donné son nom à la morphine. Faut-il préciser que ce petit monde porte des ailes ? Celles de Morphée, rapides et silencieuses, peuvent le mener aux confins de la terre en un instant. Thanatos est également ailé, à l'instar de Nox, il va sans dire.

Premier enseignement : mort et sommeil entretiennent des affinités étroites. Peut-être une question de séparation entre l'être physique et l'être immatériel ? En effet -et c'est le deuxième enseignement- si le sommeil anéantit dans l'oubli, il est également père du rêve, un espace singulier où le dormeur a la chance d'échapper au fatum et le privilège d'être en présence d'un dieu, fût-il masqué. Les grandes religions monothéistes ne dédaigneront pas de glisser leurs anges dans le sommeil des élus et des prophètes. Troisième enseignement : semé de graines de pavot, le sommeil tient de l'hypnose et sera fertile en suggestions et hallucinations. Dernier point : mort, sommeil et rêve sont ailés et grands voyageurs de la nuit. Comment ne pas croire que le dormeur soit à son tour ravi, enlevé pour un voyage ?


La Nuit portant le Sommeil et la Mort, 1602
Annibale Carracci  dit Le Carrache 


Source : http://www.sommeil-mg.net/spip/Mythologie-du-sommeil, site formidable d'un médecin que sa pratique clinique a fait s'orienter vers les mécanismes et les pathologies du sommeil. J'y ai pris l'essentiel des informations retranscrites ici ainsi que quelques illustrations.