Affichage des articles dont le libellé est Mort. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mort. Afficher tous les articles

mercredi 28 mai 2014

Ceux dont on dit qu'ils reviennent


Image de film
hélas intraçable
Et oui, les fantômes ! J'imagine que vous vous y attendiez un peu. Les choix qui s'offrent à moi sont vastes : Google images me propose comme entrée fantôme vrai (festival de clichés calamiteux) et les sites dédiés au paranormal rivalisent d'érudition sur la nature des spectres (intentions, apparences, dangerosité...) A cela YouTube ajoute force bandes-annonces. Il est vrai que, côté fantômes, le cinéma s'en est donné à coeur joie : des films d'horreur (Poltergeist, 1982) aux films angoissants (The Others, 2001, adapté de la nouvelle d'Henry James Le Tour d'écrou), des films parodiques (Ghostbusters, 1984) aux histoires d'amour (The Ghost and Mrs. Muir, 1947) c'est tout un répertoire de spectres effrayants ou inoffensifs dont je ne vais retenir 


The grey lady, dans Harry
Potter à l'école des sorciers
que les plus aimables. D'abord par goût personnel, ensuite par intérêt pour leur représentation visuelle. Les extraits de films regardés montrent que, sauf propos gore, plus les fantômes sont agressifs moins on les voit à l'écran : ils se manifestent par mille vilenies (meubles valsant dans la maison, enfants élevés dans les airs, explosions et incendies spontanés) mais sans se montrer. Alors que le fantôme romantique de Sylvie (film de Claude Autant-Lara, 1946) ou les esprits qui vivent en bonne intelligence avec les sorciers dans la série des Harry Potter sont bel et bien figurés impalpables, immatériels et aériens comme il se doit.


Voici un extrait de Sylvie et le fantôme, film au charme désuet de Claude Autant-Lara. Aux côtés d'Odette Joyeux en ingénue, le jeune Jacques Tati tient le rôle du fantôme. 



Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_films_de_fant%C3%B4mes
https://www.youtube.com/watch?v=N_tauQDf4tU

mardi 27 mai 2014

Breath, l'expérience du dernier souffle


Breath, Tomohide Ikeya

C'est en faisant des recherches sur la photo subaquatique que j'avais découvert le travail de Tomohide Ikeya. La charge émotionnelle qui se dégage de ces images est telle qu'il m'avait semblé judicieux d'attendre la thématique de la mort pour les publier. La série Breath, exposée pour la première fois à Tokyo en 2008, nous montre des hommes et des femmes immergés. Selon les photos, ils surnagent ou sombrent, seul(e) ou en groupe, nus ou drapés, dans une eau qui va du gris au noir d'encre. Tomohide Ikeya met en scène la diversité des sentiments qu'être sous l'eau -donc momentanément privé d'air- inspire, c'est le cas de le dire. Le photographe, adepte de plongée sous-marine, sait que la conscience de ne plus pouvoir respirer confronte inmanquablement à l'idée de mort. Breath, via une évidente stylisation artistique, donne à voir comment l'idée de mourir peut être reçue : corps précipités ou gisant, enlacements dignes de jumaux baignés de liquide amniotique, chute hallucinée, résignation, sérénité...

Aucune des photographie de la série n'a de titre en propre.











Source : http://tomohide-ikeya.com/Tomohide_Ikeya/CV.html

lundi 26 mai 2014

Pesée des âmes au jugement dernier


Cathédrale d'Amien, détail
du portail du Jugement dernier
Force est de constater que la seule partie de l'humain supposée être immatérielle passe plus qu'à son tour à la pesée. Quand ce n'est pas un MacDougall qui l'évalue en grammes ou en onces, ce sont nos vaillants archanges qui s'y collent. Evidemment, nous passons de la dimension physique (peser un objet, un corps) à l'ordre métaphysique (peser l'être) et moral (peser les consciences). La question n'en est pas moins à l'aulne de quoi peut-on, en toute justice, peser l'apesant


Papyrus d'Ani, ver 1200
avant notre ère
La civilisation pharaonique avait imaginé un principe de pesée d'une grande force symbolique. Sur un plateau on déposait le coeur à juger (rappelons que lors de la momification, il avait été rangé dans une urne) ; sur l'autre, la plume que Maât, déesse de la justice, de la vérité et de l'ordre de l'univers, portait à sa coiffe. C'est donc à une mesure d'intégrité que les Egyptiens anciens soumettaient l'âme : il fallait que les deux plateaux s'équilibrent, que le coeur fasse le poids avec des vertus. Le Livre des morts donne une description très précise du déroulement de l'épreuve.


Retable du Jugement
Dernier (détail),  Rogier
van der Weyden,1452
Rien de comparable dans la chrétienté où la psychostatie (c'est pour éviter les répétitions) n'apparaît pas expressément dans les textes sacrés. Quelques allusions clairement méta-phoriques autorisèrent néanmoins l'importation du concept. Il chemina de son origine à la Grèce, puis au monde chrétien via la tradition byzantine, avec une variante non négligeable : on pèse non l'âme mais les actions. Les bonnes dans un plateau, les mauvaises dans l'autre. Le plus lourd l'emporte. Les iconographes eurent pour unique option celle de donner aux actions une forme humaine. Là tient tout leur charme : l'âme à juger se dédouble en deux minuscules figurines, l'une pieuse, l'autre pécheresse. Immense et tout puissant, l'archange Michel officie, prenant occasionnellement quelques libertés.


C'est au musée d'art roman de Barcelone que l'on peut voir aujourd'hui ce tableau du maître de Soriguerola, nom donné -faute de connaître son vrai patronyme- au peintre qui, au XIIIème siècle, décora si bien les églises de sa Catalogne natale. La scène est pleine d'une vivacité délicieuse, Saint-Michel faisant valoir au démon dépité que, nonobstant les manoeuvres déloyales du diablotin de gauche, c'est au paradis que cette âme-là est promise.

La pesée des âmes, détail du devant d'autel
de l'église 
Saint-Michel de Soriguerola

Ici, l'ange triche ostensiblement : ça en fera toujours un de moins pour la concurrence semble-t-il raisonner. La concurrence, justement se comporte très mal, en la "personne" des mauvaises actions qui pèsent de tout leur poids pour inverser le jugement en leur faveur. Cette obstination à l'emporter est assez cocasse. La scène censément angoissante prend des allures de vignette BD où les péripéties de l'au-delà sont plaisamment croquées.

Détail de fresque, XIVème siècle,
église 
Saint-Pierre-le-Jeune


Sources : http://mythologica.fr/egypte/psycho.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_de_Soriguerola
http://www.photos-alsace-lorraine.com/album/1003/Eglise+Saint-Pierre-le-Jeune+protestante

dimanche 25 mai 2014

21 grammes, la part du ciel


Louis Janmot, Le Vol de l'âme,
vers 1854
Vous l'aurez compris, cette gracieuse image de Louis Janmot représente deux âmes, lesquelles combinent fort civilement plaisirs du voyage et charmes de la conversation. Vous aurez également remarqué qu'elles volent sans ailes, conformément au postulat d'immatérialité : il en va de la nature-même de l'âme, pur esprit. Le concept faisait l'unanimité jusqu'à ce qu'un médecin, au début du XXème siècle, décide de démontrer l'existence de l'âme en déterminant rien de moins que... son poids.


L'âme planant au-dessus du
corps
, William Blake, 1806
Le docteur Duncan MacDougall désirait par-dessus tout concilier sa foi en l'immortalité et la démarche scientifique : il entendait donc amener l'âme sur le terrain du savoir. Convaincu qu'au dernier souffle, le mourant libérait son âme et que celle-ci devait bien peser quelque chose, même de très léger, il mit au point un lit-balance où des agonisants seraient transportés. Il suffirait alors de relever les variations de poids. Je vous passe les détails macabres de l'expérience. Sachez qu'elle fut menée sur 6 sujets qui 


Pierre-Paul Prud’hon,
 L’Ame brisant ses 
chaînes, 1821
tous perdirent un peu de poids dans les secondes suivant leur décès. Question d'asseoir le bien-fondé de son expérience, MacDougall la poussa plus loin, pesant quinze chiens mourants (poids constant car pas d'âme) et quelques vivants dont lui-même (poids constant car pas de mort). En 1907, il publia un long article dans la revue American medicine aux révélations assez spectaculaires pour que le New York Times relaie la révélation : l'âme pesait 21 grammes. La formule sonne bien, reconnaissons-le, mais ses qualités s'arrêtent là. On n'a que l'embarras du choix pour démontrer l'ineptie du travail de MacDougall. La balance avait une marge d'erreur de 2 dizièmes d'once (soit 5,5 gr) : à supposer qu'il y ait poids de l'âme, son calcul était faussé. Lui-même reconnut dans sa correspondance que déterminer l'instant de la mort était impossible à l'oeil nu. 


Sun-Cheol Kwun, L'Ame 
Mais surtout, un seul des six cobayes se conforma au modèle escompté à savoir une perte de poids instantanée et stable au moment supposé du trépas. Il perdit 21 grammes d'un coup et à lui seul établit un axiome puisque la minceur de l'échantillonnage n'empêcha pas le docteur de publier The Soul : Hypothesis Concerning Soul Substance Together with Experimental Evidence of The Existence of Such Substance. Si la communauté scientifique réfuta la validité de l'expérience, le grand public, se passionna pour le débat que détracteurs et convaincus alimentaient. Il n'en fallait pas plus pour que la théorie des 21 grammes s'inscrive dans la mémoire collective, associée de facto au nom d'un médecin.

Ceux qui disent que le long-métrage 21 grammes d'Alejandro Iñárritu (sorti en 2003) est inspiré des idées du docteur MacDougall n'ont tout simplement pas vu le film. La bande-annonce, elle, questionne les deux sens du "poids de l'âme" : les 21 grammes organiques valent-ils aussi pour le poids karmique des erreurs et des errances ? C'est finement joué.




Sources : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/10/29/21-grammes-le-poids-de-lame/
http://www.forteantimes.com/features/articles/3445/soul_catcher.html
https://www.youtube.com/watch?v=jFjS5DvWyJs

samedi 24 mai 2014

Transports de l'âme


La chute des damnés, détail
La géographie de l'au-delà a beau être appro-ximative, il semblerait qu'elle obéisse à la symbolique élémentaire du haut, pour le paradis, et du bas, pour l'enfer. Aux élus, l'élévation vers les régions célestes, aux âmes damnées, la chute en une résidence souterraine, lieu des tourments éternels. Quelle que soit la destination, le transport des âmes est aérien, anges et démons étant pareillement dotés d'ailes. La ressemblance s'arrête là. L'iconographie chrétienne a souligné le caractère terrifiant ou extatique de chaque situation à grand renfort de 

Vision de l'au-delà, détail
détails. Cela va des ailes (appendices de chauve-souris, noirs et membranés versus organes de vol à la croisée du cygne et du papillon) aux conditions mêmes du convoi (mille délicatesses chez les anges qui oeuvrent à deux ; empoignade du damné transporté sans façon tête en bas). Les représentations sont innombrables. J'ai choisi deux oeuvres de la fin du XVème siècle.  Néerlandais, nés à 35 ans d'écart, Dirk Bouts et Bosch ont tous deux traité le thème de l'au-delà en des panneaux représentant paradis et l'enfer. 

Le premier est dans la ligne de l'école primitive flamande ; le second, universellement connu pour ses toiles hallucinées aux figures cauchemardesques ou cocasses, est aussi l'auteur de quelques tableaux lumineux, inclassables comme l'est l'ensemble de son oeuvre.


Dirk Bouts, La Chute des damnés,
vers 1470
Jérôme Bosch, L'Ascension
des élus, vers 1500





vendredi 23 mai 2014

La mort, pourvoyeuse d'apesanteur



Le Charme de l'au-delà, 
Gilbert Garcin, 2012
Nous voici parvenus à ce qui sera le dernier volet de ce blog : la relation entre l'apesanteur et la mort. D'un billet à l'autre, les deux notions se sont frôlées à maintes reprises (le sommeil, le rêve, le voyage astral) et les commentaires laissés ont souvent souligné l'analogie tant elle s'imposait. J'ai retardé le moment d'obscurcir l'apesanteur, explorant longuement ses côtés radieux. Au bout du compte, j'aurai gardé la fin... pour la fin.


Achille tente de saisir
l'ombre de Patrocle,
 
Henry Fuseli, 1803
Mes étudiants s'étonnent qu'il faille parfois mentionner les évidences. Je considère que toute démonstration s'appuie sur le socle de l'acquis. Fidèle à mes principes, je rappellerai donc ici que l'apesanteur n'existe pas sur terre, qu'envols, sauts et autres la simulent, que l'euphorie, la légèreté, la dextérité la métaphorisent mais que, faits de chair et de sang, nous n'avons d'immatériel que nos pensées, nos sentiments. nos rêves, soit notre esprit. Et notre âme, ajouteront ceux qui croient à son existence et donc à son immortalité. Nous y voilà. Pour certains, la mort anéantit tout. Pour les croyants (toutes obédiences confondues), la survivance de notre être tient à l'âme, évidemment immatérielle. La mort ne nous efface plus, elle nous désincarne. Nous voici divorcés de la vie terrestre donc du poids, apesants, insaisissables, envolés.


Illustration anonyme
pour le voyage astral
Quelles que soient nos convictions en la matière, la représentation de la mort comme séparation du corps et de l'âme est si prégnante que toute image associant d'un côté un corps allongé et inerte, de l'autre une forme éthérée ou ailée impose de soi l'idée du trépas. L'iconographie occidentale a figé ce dédoublement matière/esprit en synonyme de la mort. J'en avais été frappée au moment d'illustrer les billets sur le corps astral ou le rêve, ayant écarté beaucoup d'images où prédominait la connotation mortuaire. La mythologie nous avait fort honnêtement prévenus (voir billet du 31 janvier) : Hypnos et Thanatos sont frères jumeaux.


Voici cinq tableaux qui ont en commun de mêler les deux représentations. Le sommeil est un entre-deux, espace ambigu où rêve et mort entrelacent.


Le Rêve, Pierre Puvis de Chavannes, 1883


George Frederick Watts, Endymion, 1903


Le Rêve, Frida Khalo, 1940

jeudi 22 mai 2014

Ils l'ont fait en apesanteur : mourir


La pionnière, crédits RKK
Ce billet a une genèse. Un jour où je méditais sur l'apesanteur, je me suis demandé comment un oiseau s'y prendrait pour voler. Si la recherche entreprise ne m'a pas donné la réponse, elle m'a par contre longuement informée sur le rôle joué par les animaux dans la conquête de l'espace. Pendant près de 15 ans, ils furent les seuls passagers de l'espace : on ignorait à l'époque si l'homme survivrait à une mise en orbite et aux effets de l'impesanteur. Le 3 novembre 1957, le Spoutnik 2 est lancé pour un premier vol culminant à 1660 km d'altitude. A bord, la petite chienne Laïka.


Timbre commémoratif
pour Belka et Stelka
Si elle survécut à peine 7 heures, épuisée par l'affolement et la surchauffe de l'engin spatial, ce laps de temps parut suffisant pour envisager la mise en orbite d'un astronaute cette fois humain : ce fut Youri Gagarine. Précédé d'un essai enfin réussi (en août 1960, deux chiennes partirent et revinrent sur terre saines et sauves), le jeune Russe embarqua à son tour, le 12 avril 1961. 108 minutes en orbite et un retour en héros pour ce voyageur de l'espace dont les chances de succès n'excédaient pas le très mitigé un sur deux.


1959, Sam, à bord du vol Mercury,
crédits NASA
Revenons aux bêtes. Elles furent nombreuses à embarquer seules afin de tester ce que l'homme maîtrisait mal. Les Russes privilégiaient l'emploi de chiens. Deux restèrent dans l'espace 23 jours et revinrent sans un poil mais vivants. Les Américains préféraient travailler avec des singes, dont un macaque (en 1948) qui survécut au vol suborbital mais pas à l'atterrissage. Il y eut des mouches, des poissons, des fourmis, des souris, des grenouilles, des lapins. Et des pois sauteurs.


Timbre à la mémoire de...
Néanmoins, dans cette ménagerie spatiale, personne n'avait pensé inclure les chats jusqu'à ce que les Français manifestent l'ardent désir de se démarquer. L'entraînement de ceux qui devaient devenir les premiers félins de l'espace fut ubuesque. En octobre 1963, Félicette fut assez bonne pour se prêter à cette comédie improbable. L'histoire est ingrate : des timbres qui célèbrent sa mémoire, aucun n'est français et tous sont à l'effigie de Félix, ce co-équipier sien qui eut le bon sens de fuguer à la veille de leur mission.


Laïka, crédit photo :
Alexander Chernov
Ceci était pour sourire. Mais l'histoire des animaux dans la conquête spatiale met, à vrai dire, mal à l'aise. Je vous passe les détails de ce qu'était, dans les années 50, l'entraînement nécessaire pour préparer les animaux aux conditions de vol. Sans doute étaient-elles aussi pénibles pour les hommes mais eux étaient consentants et animés de motivations scientifiques ou nationalistes. La vie d'une Laïka valait peu (n'en sommes-nous pas toujours là ?) mais lire les traitements qu'elle et ses pairs durent subir des mois durant, révolte et afflige : ils furent martyrisés.


Sources : http://www.ladepeche.fr/article/2007/11/02/146577-50-ans-laika-ouvrait-conquete-espace.html
http://www.parismatch.com/Actu/International/Les-animaux-nos-freres-de-l-espace-161917
http://fr.ria.ru/photolents/20121103/196510455.html (diaporama)
http://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFka (une fois n'est pas coutume, je recommande la lecture des paragraphes entraînement et réactions, réellement instructifs)

vendredi 31 janvier 2014

De l'Olympe, des dieux et de nous


J'avais annoncé un détour par la mythologie gréco-romaine. Nous sommes fils et filles de l'antique civilisation grecque. Notre représentation du monde, notre imaginaire sont imprégnés à jamais de ses mythes. L'expression consacrée est mythes fondateurs. Ceux présentés ici le sont indéniablement.  

Psyché reçue dans l'Olympe, 1524
Polidoro Caldara da Caravaggio
L'art, de la peinture à la sculpture, de l'opéra au cinéma, du classique au fantastique -science fiction comprise- a assuré la pérennité de ces dieux : dépouillés de toute crédibilité religieuse, ils sont devenus nos archétypes universels. Nés en Grèce antique, repris puis largement propagés par l'empire romain, ils ont pénétré jusqu'à notre parler moderne qui y fait d'incessantes références (potion aphrodisiaque, force herculéenne, allure martiale, foudres jupitériennes), ont donné leur nom aux planètes du système solaire ainsi qu'aux jours de la semaine. La psychanalyse y a trouvé matière à baptiser ses plus beaux complexes. Et, bien sûr, ces homérique épopées que sont L’Iliade et L'Odyssée n'en finissent pas d'enchanter les enfants et de nourrir les programmes scolaires. Petit rappel des origines. Selon la théogonie grecque, tout commença avec un être immatériel (Kronos, Cronos ou le Chaos primordial, selon les auteurs) qui engendra le Monde à savoir la terre, les hommes et les dieux. Dans cette descendance fournie, attachons-nous à celle de ses filles qui nous intéresse le plus ici : Nix, déesse de la Nuit. 

Hypnos et Thanatos portant le corps de 
Sarpedon aux Enfers, amphore circa 500 av. J.C
Elle engendre à son tour de nombreux enfants dont Hypnos et Thanatos. Thanatos est le dieu de la mort et Hypnos la personni-fication du sommeil. Non contents d'être frères, Hypnos et Thanatos sont jumeaux et œuvrent souvent de concert. Hypnos est parfois représenté sur les tombeaux, périphrasant la mort en sommeil éternel. C'est un dieu puissant mais sombre. Son séjour -une caverne brumeuse- est traversé par les eaux du Léthé, le fleuve de l’oubli. 

Morphée, Jean-Antoine Houdon,
1769
Hypnos vint lui aussi à procréer (peut-être incestueusement, avec Nix, sa nuit de mère). Naquit Morphée. Dieu onirique, il est chargé d'entrer dans les rêves des mortels en prenant la forme d'un être cher au dormeur. Le plus énigmatique chez cet illusionniste herma-phrodite est que ce leurre avait pour but de permettre aux mortels d'échapper aux machinations ourdies par les dieux. Si la nuit porte conseil, c'est sans doute grâce aux avertissements qu'Hypnos vient y dispenser.

Nuit et Sommeil,
Evelyn de Morgan, 1878
Enfin cette famille est portée sur la distribution de substances et adjuvants rien moins qu'innocents : Hypnos est représenté tenant à la main des fleurs de pavot, pourvoyeuses de repos paisible et de rêves aimables. Morphée a donné son nom à la morphine. Faut-il préciser que ce petit monde porte des ailes ? Celles de Morphée, rapides et silencieuses, peuvent le mener aux confins de la terre en un instant. Thanatos est également ailé, à l'instar de Nox, il va sans dire.

Premier enseignement : mort et sommeil entretiennent des affinités étroites. Peut-être une question de séparation entre l'être physique et l'être immatériel ? En effet -et c'est le deuxième enseignement- si le sommeil anéantit dans l'oubli, il est également père du rêve, un espace singulier où le dormeur a la chance d'échapper au fatum et le privilège d'être en présence d'un dieu, fût-il masqué. Les grandes religions monothéistes ne dédaigneront pas de glisser leurs anges dans le sommeil des élus et des prophètes. Troisième enseignement : semé de graines de pavot, le sommeil tient de l'hypnose et sera fertile en suggestions et hallucinations. Dernier point : mort, sommeil et rêve sont ailés et grands voyageurs de la nuit. Comment ne pas croire que le dormeur soit à son tour ravi, enlevé pour un voyage ?


La Nuit portant le Sommeil et la Mort, 1602
Annibale Carracci  dit Le Carrache 


Source : http://www.sommeil-mg.net/spip/Mythologie-du-sommeil, site formidable d'un médecin que sa pratique clinique a fait s'orienter vers les mécanismes et les pathologies du sommeil. J'y ai pris l'essentiel des informations retranscrites ici ainsi que quelques illustrations.