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lundi 5 mai 2014

L'envol à la perche


Yelena Isinbaeva, détentrice
 du record féminin, 
J.O de Beijing, 2008
Parmi les disciplines sportives, certaines (gymnastique, anneaux, cheval d'arçon) sont dites acrobatiques : elles repoussent, à force de maîtrise, les limites de la pesanteur. C'est le cas du saut à la perche qui, à l'instar de la danse ou des arts du cirque, nous parle de suspension, de légèreté et d'envol. Les compétitions sont proprement spectaculaires, avec des records de hauteur établis à 5 mètres 06 (les dames), à 6 mètres 16 côté messieurs.



Jeune athlète en
séance d'entraînement
Sauter à l'aide d'un long bâton est ancien comme (ô surprise !) la Grèce Antique. Rien de commun néanmoins avec ce que nous entendons aujourd'hui par saut à la perche. Il faudra des siècles pour que ce moyen de locomotion (des armées) et d'esquive des obstacles devienne un jeu puis une discipline sportive et que la perche passe du bois rigide au bambou (1900), du bambou à l'aluminium (1943), de l'aluminium à la fibre de carbone développée, dès 1960, par la NASA... pour ses programmes spatiaux. Les perches d'aujourd'hui, fabriquées en fibre de carbone ou de verre, varient de poids (2 à 4 kg) et de taille ( de 3,60 à 5,20 m). Le choix, décisif, se fait en fonction du gabarit de l'athlète, de sa vitesse et des conditions de la compétition. Le saut à la perche est une discipline exigeante qui requiert rapidité, force et souplesse.

Décomposition des 5 phases du saut
Chaque saut dure environ 10 secondes et peut se lire comme un échange d'énergie entre le perchiste (prise de vitesse sur 40-45 mètres) et son instrument. Impulsion et renversement permettent respecti- vement de transmettre les forces à la perche puis de s'en propulser. Voici, en vidéo, la performance de Renaud Lavillenie qui fit l'événement le 15 février dernier. 





Sources : http://www.medicalorama.com/html/sport_jo/sport-saut-perche-jeux-olympiq
http://sites.ostralo.net/sautalaperche/2_evolutionmateriel/2_evolutionmateriel.htm
http://www.lemonde.fr/sport/article/2014/02/15/saut-a-la-perche-lavillenie-bat-le-record-du-monde-de-bubka_4367434_3242.html
https://www.youtube.com/watch?v=3eOE-ABOrBU

mardi 4 mars 2014

Les casse-cou de la téci


L'affiche de l'exposition Gravity Language, au Musée de la Danse de Stockholm, donne le la. Avec la série La Chute, nous abordons un saut aux antipodes des jumps glamoureux ou des flottements d'elfe des billets précédents. A la violence de la cité, à la colère qu'inspirent le rejet et la marginalisation sociale, ces jeunes répondent par des sauts nourris de rage, de révolte et pleins du désir de se libérer. Certains font mal à voir tant ils semblent suicidaires. Le photographe Denis Darzacq a réalisé ce travail entre 2005 et 2006. Ecoutons-le nous en parler.

La chute n°11
"Depuis plus de 15 ans, j’interroge la place de l’individu dans la cité. Pour ce travail spécifique, j’utilise une construction photographique, sans recours au numérique, qui oppose deux réalités. D’un côté, le décor d’une ville à l’architecture générique et sans âme et de l’autre, la puissance orgueilleuse de corps en action qui refusent la soumission et le silence. Les modèles sont des jeunes de cités populaires que je compare volontiers á des chevaliers des temps modernes sachant allier travail et discipline pour se jouer des lois de la gravité." Pour le mot casse-cou, le dictionnaire propose, comme synonyme, trompe-la-mort. La suggestion n'est pas sans justesse. A côté du talent, je vois de la bravade dans ces mises en danger.

Exposées en France et à l’étranger, les photographies de Denis Darzacq sont entrées dans les collections de nombreux musées tels celui d'art moderne du centre Beaubourg ou encore la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Sur le site de ce dernier établissement, un article apporte de précieuses informations sur la génèse de La chute. C'est après la crise des banlieues de l’automne 2005, que Denis Darzacq entreprend ce travail. Désireux de photographier les corps en apesanteur, il travaille avec des jeunes des cités, tous danseurs de hip hop, de capoeira ou de danse contemporaine. Ainsi, au cœur-même de l'environnement hostile, parfois dégradant, de la cité, explose la toute puissante du mouvement. Quant aux retouches, J’aime qu’à l’ère de Photoshop, la photographie puisse témoigner d’instants ayant réellement existé, sans trucages, ni manipulations”


La chute n°9


Sources : http://www.denis-darzacq.com/chute Une entrée "Accéder directement au portfolio" permet de voir les 32 phorographies de La chute
http://www.histoire-immigration.fr/musee/collections/la-chute-de-denis-darzacq

lundi 3 mars 2014

+ pour se repaître encore des exploits de Natsumi


Nous connaissons tous le génie de la lampe d'Aladin. Logé dans le ventre de la lampe (les génies ont entre autre pouvoirs celui d'être des contorsionnistes hors-pair), il en sort par le bec courbe d'où émergent sa tête, son buste puis ses hanches. Un peu comme les sirènes, le bas du corps n'existe pas vraiment. Le génie est un homme-tronc. L'apparition de Natsumi Hayashi quittant par les airs son wagon de métro m'évoque irrésistiblement celle d'un gracieux génie jailli du bec verseur de quelque magique lampe et flottant à l'appel pour exaucer un vœux. La fée Clochette, version nippo-orientale.




Diane soutient que l'image ne peut être authentique. Je préfère en croire la version officielle et salue bien bas les pouvoirs de l'aérienne enchanteresse. 


dimanche 2 mars 2014

Happy Socks, la chaussette qui fait des bonds

En octobre dernier, Happy Socks a sorti sa collection d'hiver, propulsée par une campagne publicitaire résolument tonique. La conception en revient au photographe de mode américain, David Lachapelle. Pour la marque suédoise -qui a décidé de mettre les chaussettes tristounes au rebut- le flamboyant David a conçu une série d'images bondissantes, véritable hymne à la joie, aux couleurs et au peps.


Photographie sans auteur
ni date connus
Chaussettes Happy Socks






&








Un rien vous habille ? Soit, mais pourquoi vous limiter à une couleur ?

Prélude à l'après-midi de trois faunes


Sources :  http://iletaitunepub.fr/2013/10/16/david-lachapelle-fait-rayonner-chaussette-happy-socks/

samedi 1 mars 2014

Jump please !


Eva Marie Saint, 1954
Parmi les nombreuses approches possibles de l'apesanteur, le saut est la première que j'avais abordée (billet du 18 novembre). Question d'expérience personnelle, j'imagine. De nombreux photographes ont fait un travail sur le saut. A tout seigneur tout honneur, reparlons de Philippe Halsman qui, en 1959, fit de ses portraits réalisés en plein bond un album intitulé Jump. "Starting in the early 1950's I asked every famous or important person I photographed to jump for me.  I was motivated by a genuine curiosity.  After all, life has taught us to control and disguise our facial expressions, but it has not taught us to control our jumps.  I wanted to see famous people reveal in a jump their ambition or their lack of it, their self-importance or their insecurity and other traits."

Jacques Tati, 1954
Le saut ne serait donc qu'un stratagème pour faire tomber le masque et saisir ce qu'une pose convenue ne laisserait jamais échapper. Ces images, me semble-t-il,  racontent un peu plus.  Au-delà de la dynamique de ces corps, Halsman s'est intéressé à leur déploiement dans l'espace. Et si Tati est photographié sur fond blanc, il est clair que l'élan d'Eva Marie Saint a été voulu comme un trompe l’œil : la belle est suspendue dans le ciel new-yorkais. Pour Dali atomicus, Halsman s'était livré à une mise en scène sophistiquée où il fallait synchroniser le saut du maître avec un lancer de chats et de jerricanes d'eau. Halsman s'est plu à faire surgir corps et objets dans un espace imprévu, sensément inhabité.


Jean Seberg, 1959
Dali encore, 1949




















Pas de photomontage dans le travail de Philippe Halsman : il faisait sauter ou lancer ce qu'il voulait saisir en plein vol. La réalisation de Dali Atomicus avait nécessité pas moins de 28 prises.

dimanche 8 décembre 2013

Une si poétique mort, un si léger suicide


Cette aquarelle de Gustave Moreau apparaît pour la deuxième fois sur le blog. Dans Les couleurs de l'apesanteur, je l'avais publiée avec un léger sentiment de malhonnêteté : le billet était sur l'élévation or je sais bien qu'à Leucade, Sappho se précipita du haut d'une falaise. En même temps, je percevais une forte ambiguïté dans l'image : comme ce saut suicidaire était léger ! Que d'envol dans cette chute supposée mortelle ! Forte de ma science toute neuve, je tente un décryptage.

Sappho à Leucade, 1870
La poétesse grecque Sappho a existé : les historiens avancent les dates de 630-580 av. J.C. Vingt-cinq siècles plus tard, nous disposons de fragments de ses écrits ainsi que de témoignages de ses contemporains. Mais la légende s'est très tôt emparée de cette figure attachante et, dans la vie de Sappho, il est difficile de démêler l'historiquement avéré de l'enjolivement mythologique. Sa mort à Leucade, par exemple, est probablement pure affabulation mais le thème en fut invariablement repris, en particulier au XIXème siècle : Charles Gounod et son opéra (créé en 1851), les peintres Gros, Delaunay, Chassériau... Avouons que le sujet avait tout pour plaire : dans l'Antiquité, la légende affirmait que pour soigner le mal d'amour, il fallait se jeter dans la mer du haut dudit rocher. Qui n'en mourait pas se relevait guéri. Saisie au milieu de sa trajectoire entre le sommet et le pied de la falaise, Sapho donne l'impression d'une suspension plutôt que d'une chute. Un pan de sa toge vole derrière



Mort de Sapho, huile de 
Gustave Moreau,circa 1870
elle, indiquant qu'elle tombe. Lesté d'un bijou, le long ruban qu'elle porte à la ceinture se torsade : ce mouvement oscillatoire est faux et crée de l'ambiguïté. Les longs cheveux de la poétesse s'écartent à peine alors qu'ils devraient voler loin d'elle. Quant à la volumineuse harpe, Sapho ne saurait à la fois tomber et la tenir embrassée comme elle le fait. Considérons maintenant l'image du côté émotionnel : Sappho est sereine, sans trace d'effroi. Elle enlace sa harpe avec amour et, dirais-je, abandon. Plus que portant la harpe, Sappho semble portée par elle. La toge flottant est une espèce d'aile, une voile, gonflée et le mouvement serpentin du rubanet les cheveux disent juste : la poétesse, loin d'être violemment précipitée vers le bas, descend en flottant. Je crois que Moreau s'est plu à sublimer cette scène de suicide au pointd'en faire une scène miraculeuse. 


Moreau,autoportrait, 1850
En prenant le chemin de la métaphore. L'art n'est-il pas divin? L'élévation de l'esprit n'induit-elle pas celle du corps? A Sappho, l'art donne des ailes, fût-ce pour aller à la mort. La païenne fervente d'Aphrodite (la déesse marque l'ensemble de son oeuvre) devient alors une sorte de sainte. Le bijou qui oscille ressemble d'ailleurs à une croix et sur le tableau du même Moreau où Sappho gît au sol (ci-dessus), son âme s'envole sous forme de colombe. Osons aller jusqu'au bout de notre pensée : une miraculeuse apesanteur est venue ralentir la chute, adoucir le martyre. Moreau a traité Sapho à Leucade comme une œuvre religieuse. 



mercredi 4 décembre 2013

Céleste apesanteur


Ces images sont réellement hypnotiques ; on y voit des hommes évoluant en liberté, haut (très haut) dans le ciel. La vidéo, œuvre du studio de design Betty Wants,  a saisi ces parachutistes professionnels en chute libre. Filmées au grand ralenti avec, en bande son, la très berçante mélodie She Is de Salieri Music Inc, voici 2 minutes d'authentique apesanteur. La vraie bonne idée des réalisateurs : avoir rompu, de temps à autre, la lenteur des images par de courtes accélérations qui accentuent le caractère magique de ce ballet aérien réellement envoûtant. La lumière ajoute au féérique de la scène.

lundi 18 novembre 2013

En mouvement !


Selon les dictionnaire, la pesanteur est la loi à laquelle est soumis ... (attendez, je relis mes notes) tout corps au repos à la surface de la terreAU REPOSAlors, si le corps bouge, bondit ? Si l'objet s'anime? S'il est lancé ? Hors vaisseau spacial et autres voyages intergalactiques, l'expérience de l'apesanteur nous est donc accessible ? On se doutait déjà que sauter c'est un peu voler... mais de là à ce que la science valide ! Suivent quelquesphotographies, images de ces brèves victoires contre la gravité terrestre. Sur chacune d'elles, la caméra a saisi le saut au plus beau de son déploiement. Elles immortalisent ces fractions de secondes qui faisaient dire à Nijinski Lorsque l'on s'est élevé dans les airs, on n'a qu'une envie : y rester.


Des années de danse pour ce saut de biche. Ici, essort et efforts riment ! 

Titre et auteur inconnus
                                   
                                         
Propulsée par une grande joie : transports, apesanteur euphorique.

Saut fille sur sky 2, 
auteur inconnu


Un saut à la perche saisi au moment le plus magique. Grâce de la perfection.

Sauts de l'extrême, Jean-Vincent Guinel, 2006


Sources : http://leclownlyrique.wordpress.com/ 
http://fr.123rf.com/photo/
http://www.linternaute.com/sport/