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mercredi 4 juin 2014

Design apesanteur : la lampe fantôme


La Phantomenal III
L'image du jour -illustration publicitaire- vaut non par les qualités de la photographie mais par l'objet qu'elle présente. Quelques designers se sont plu à créer de facétieux objets donnant l'illusion d'être en apesanteur : verres où le liquide versé reste en suspension (jeu de double fond) ou lampes dont une partie de l'abat-jour flotte au-dessus de l'ampoule (par lévitation électromagnétique). Echapper aux lois de Newton est du dernier chic ! Voici la Phantomenal. Contraction anglaise de phantom et phenomenal, son nom entend souligner le caractère surnaturel et unique de l'objet.


Le jeune designer Godrik Van Deum l'a réalisée pour Gvesner, studio de création fondé par deux passionnés d'art contemporain. Ils ont oeuvré à trois, animés du désir de dépasser les limites de l'objet utilitaire décoratif pour atteindre à l'objet de collection. Si la qualité des matériaux et le fini de la réalisation sont irréprochables, c'est à l'illusion d'optique -flottement en apesanteur brillamment simulé - que la lampe Phantomenal doit son cachet. Ni accrochée au mur, ni suspendue au plafond, elle est tout simplement posée au sol, soutenue par le câble d’alimentation qui semble souple mais a, en réalité, été rigidifié par thermoformage. La mise au point a demandé des mois de recherche. La vraie bonne idée reste, à mon sens, d'avoir opté pour un modèle basique, éminemment familier : voir flotter à 75 cm du sol un objet high-tech très stylé causerait moins d'effet que surprendre cette bonne vieille lampe de chevet que nous jurerions tous avoir eue, en flagrant délit d'envol. 


Sources : http://www.boite-a-design.com/p-62-lampe-white-eternite-apesanteur.html
http://www.phantomenal.com/press/phantomenal_press_review.pdf
http://www.marieclairemaison.com/

dimanche 4 mai 2014

Avez-vous vu Würsa ?


Würsa (à 18 000 km de
la Terre), Daniel Firman
On le sait ou on finira par le savoir, j'aime les éléphants. Nous en sommes, sur Apesanteur, au troisième billet consacré à leur massive carcasse. Perseverare diabolicum, raillez-vous in petto. Soit, mais je ne suis pas la seule à m'obstiner à trouver de la légèreté chez ce gentil mammouth. Après Dali qui les juchait sur d'interminables pattes d'araignée, Miquel Barceló qui leur a fait faire le poirier (voir billet du 24 janvier), voici le travail du sculpteur contemporain Daniel Firman. C'était au Palais de Tokyo puis au château de Fontainebleau, en 2008. A barrir d'étonnement.


Dans la galerie de Diane,
château de Fontainebleau
Voici une statue d'éléphant, grandeur nature, tellement réaliste qu'on croirait la bête empaillée. C'est en fait une sculpture en polyester. Elle ne serait que saisissante de ressemblance si l'animal ne tenait sur le seul appui de sa trompe. A l'origine de cette réalisation, un projet d'exposition au Palais de Tokyo avec l'apesanteur pour thème. Firman a souvent travaillé sur le corps et l'équilibre. Méditant sur un calcul scientifique qui démontrait qu'à 18 000 km de la Terre, un éléphant serait capable de rester en équilibre ainsi, l'artiste a étudié la morphologie de l'animal et les positions qu'il adopterait en situation de micropesanteur. Würsa a été réalisé avec le concours d'un taxidermiste, Jean-Pierre Gérard, qui a tout de même revêtu la sculpture de vraie peau d'éléphant. Aucun des articles consultés n'explique comment le monumental objet (350 kilos) parvient à tenir droit.


Palais de Tokyo
Comment réagissent les visiteurs face à cet étrange spectacle ? Ils se sentent basculer entre un phénomène scientifique prouvé et l'éléphantesque matérialité qui devrait en être un déni, lit-on sur le site du Palais de Tokyo. "Même pas inquiet, le spectateur s'en approche, téméraire et se met à son ombre." Déjà transporté sur une planète où la gravité serait infime, l'homme croit enfin toucher du doigt son rêve ancestral de voler, selon un internaute dont le blog leslunettesrouges ne me déçoit jamais. Deux analyses qui se rejoignent sur l'essentiel : être au voisinage d'un éléphant devenu (très sérieux calcul gravitationnel à l'appui) si léger a quelque chose d'enchanteur. En gros, on s'y sent presque. A deux doigts d'éléfantasmer.


Sources : http://voyage.ca.msn.com/w%C3%BCrsa-%C3%A0-18-000-km-de-la-terre
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2008/06/02/superdome-premiere/
http://archives.palaisdetokyo.com/fo3/low/programme/index.php?page=nav.inc.php&id_eve=2114

samedi 29 mars 2014

Mobilement vôtre, signé Alexander


Cascading Flowers,
Calder, 1949
Rien de plus naturel que de passer du cerf-volant au mobile, lequel est défini comme... (c'est le Larousse qui parle) un corps en mouvement ; une sculpture susceptible de mouvement, sous l'impulsion de l'air ou d'un moteur ; un objet de décoration ou un jeu construit sur le principe des sculptures mentionnées ; une composition typographique en caractères mobiles. Je vous épargne la Garde nationale et le téléphone cellulaire, remarquant tout de même que cela fait beaucoup d'acceptions pour un seul mot : au propre comme au figuré, mobile part dans tous les sens. Nous allons évidemment nous intéresser aux sculptures. Et donc à l'immense Calder.


Installation, peut-être   
à la Fondation Beyeler
S'il ne fut pas tout à fait le premier à concevoir des objets d'art animés de mouvements (Bruno Munari avait proposé sa macchina aerea en 1930), Alexander Calder s'y consacra. Fasciné par le mouvement, il désire par-dessus tout arracher la sculpture à la condamnation statique, cherche une voie, l'ouvre et élabore des installations mobiles qui, au fil des ans, deviennent de plus en plus sophistiquées et déliées. "La sublimation d'un arbre dans le vent" disait d'elles Duchamp qui les baptisa du nom de mobiles.

A Paris, photographié
 par André Kertész, 1929
Calder est né dans une famille de sculpteurs (père et grand-père) et fit des études d'art académique à New-York. En 1924, il travaille comme illustrateur BD dans la presse. A l'occasion d'une commande, il découvre le cirque, monde qui lui inspire sa première réalisation personnelle. Au risque de me répéter (voir le billet du 20/12), je reviens au Cirque de Calder qui, par certains aspects, préfigure les mobiles : les personnages en sont des figurines très ingénieusement articulées et activées par des mécanismes qui autorisent toutes sortes de mouvements. Calder met les lois de la mécanique -et son habileté à travailler le fil de fer- au service d'un art poétique, joyeux et surtout dynamique


Piet Mondrian, 1921
En 1927, il s'installe à Paris où il assiste à la naissance de l’abstraction la plus radicale. Il fréquente notamment les pionniers de la peinture abstraite et géométrique. Calder revient bouleversé d'une visite à l’atelier de Piet Mondrian. En 1931, il rejoint le peintre néerlandais, Jean Harp et Robert Delaunay dans le groupe Abstraction-Créationconvaincu que sa voie passe par l'abstraction et sa traduction dans un langage qu'il veut dynamique et tridimensionnel. Il commence à construire des sculptures composées d'éléments indépendants entraînés par un moteur électrique ou une manivelle. En 1932, trente de ces sculptures sont exposées. L'art cinétique est né.


Feuillage vertical, 1942
Que les mobiles de Calder reposent sur un socle ou qu'ils soient suspendus au plafond, qu'ils habitent des musées, des esplanades ou des parcs, tous bougent, resculptés à l'infini par l'espace et l'air ambiants. En publier des photos est une façon certes commode mais un peu absurde de présenter ce travail entièrement voué au mouvement. La vidéo seule rend justice à la légèreté et la grâce des mobiles. En voici une : celles et ceux qui ne connaîtraient pas vont être éblouis. 




Sources : https://www.fondationbeyeler.ch/fr/content/alexander-calder
http://www.calder.org/
http://www.musee-lam.fr/wp-content/uploads/2010/12/Alexander-Calder.pdf
https://www.youtube.com/watch?v=fI5PRaTSMUI

vendredi 24 janvier 2014

Le paradoxe de la pachydermique légèreté


Un bienheureux au Botswana,
parc naturel de Shobe
Je suis souvent amenée à m'interroger : sens scientifique et sens métaphorique confondus, l'apesanteur concerne-t-elle à peu près TOUT ou ce blog souffre-t-il de mon obstination à y publier ce qui me chante, au prix de sens figurés de plus en plus contestables ?  Vous levez les yeux au ciel ? Tant pis pour moi. J'assume l'énormité du présent billet et rappelle sans complexe que l'éléphant est le plus gros animal terrestre, que sa hauteur varie entre 2 et 4 mètres, sa longueur entre 6 et 7 et que son poids peut dépasser les 6 tonnes. La grâce que dégage 

Dessin d'éléphant d'Inde
un éléphant au petit trot, tel celui de la photo ci-dessus, n'en est que plus frappante : un déni de lourdeur qui mérite examen. L'explication tient dans la spectaculaire élasticité de l'éléphant, dans l'aisance inattendue qu'il met à se déplacer. Sa stabilité est faite de fluidité. Les oreilles, démesurées, battant au vent contribuent à donner de la légèreté à sa massive figure. C'est bien par l'oreille que l'adorable Dumbo de Disney volait. Quelques artistes se sont attachés à défendre cette version d'un animal alerte. Survol de leur démonstration. 

Barcelone, quartier d'El Raval,
photo de J.C Haelterman, 2011
Voici la facétieuse statue du catalan Miquel Barcelo, Eléphant sur trompe d'abord apparue à Avignon (exposition Terra Nostra, en 2010) désormais installée à Barcelone. Si les éléphants faisaient le poirier, s'aideraient-ils de leur trompe ? Como no ! plaide Barcelo avec cet équilibriste à l'appendice nasal assez musclé pour soutenir son imposante carcasse. Le cirque a voulu exhiber l'éléphant en équilibre, pattounes jointes sur un ridicule tabouret. Triste à pleurer. Cette sculpture, elle, nous le révèle acrobate d'excellence. 

Du Bernin, 
1667


Continuons avec Dali, lequel les a peints et sculptés à loisir, érigés jusqu'au ciel sur d'interminables pattes d'insecte. L'alchimie surréaliste ayant hardiment mélangé l'ADN du pachyderme et celui de l'araignée, les tonnes de chair et les microgrammes de fil, voici engendrée une version héraldique de l'éléphant-échassier mystique porteur d'obélisque en apesanteur au-dessus de son dos. L'éléphanteau de la piazza della Minerva, à Rome, aurait inspiré l'artiste. C'est pour moi l'occasion inespérée de publier une photo de cette statue du Bernin que je chéris entre toutes. Ci-dessous, une des toiles de Dali où les éléphants sont l'élément principal de la composition. Des figures semblables apparaissent sur des tableaux bien plus connus dont Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une grenade, une seconde avant l'éveil, 1944 et La Tentation de saint Antoine, 1946 arpentant de leurs arachnéennes pattes l'arrière plan de scènes un poil grandiloquentes.



Dali, Les éléphants, 1948, huile sur toile


Sources :  http://www.makila.fr/ (photo du parc de Shobe)
http://fr.123rf.com/images-libres-de-droits/  (dessin)
http://www.laurentmarre.com/31-artistes-contemporains-reconnus/miquel-barcelo/ 

mercredi 15 janvier 2014

Les épousailles de la 3D avec l'électromagnétique et la sculpture



Moi qui prétends donner un peu de méthodologie à mes étudiants graphistes, je m'interroge avec perplexité sur ma propre façon de procéder. Que d'aléatoire! L'image publiée ci-contre est dans ma cueillette-apesanteur depuis presque 2 mois. Un peu en overdose de publicité, ce soir, je recherche la compagnie des plasticiens et des peintres. Et ce bateau en lévitation titille ma curiosité. Quelques clics plus tard, je m'aperçois que j'ai levé un bien étrange lièvre en la personne de Christian Lavigne, plasticien poète diplômé de mathématiques dont les travaux associent l’art et la science. Ainsi,  La Musique de la Vie (2010), le gracieux objet du jour, est une sculpture numérique en lévitation électro-magnétique.




Ça interpelle,  non ? L’œuvre a été présentée lors d'une rencontre du CAST (Café des Arts des Sciences et des Techniques) dont le thème était Des spectacles et fantasmes électriques au temps des Lumières, à quelques usages du magnétisme et de l'électricité dans l'art d'aujourd'hui. Pour sa réalisation, Lavigne a travaillé conjointement avec l'ingénieur Raymond Aschheim (en charge du procédé de lévitation contrôlée) et l'équipe du Lycée Ferdinand Buisson pour le prototypage rapide. Car un des chevaux de bataille de Christian Lavigne est l'utilisation d'imprimante 3D. Les deux photographies de droite proviennent du site du CAST et témoignent de l'utilisation de procédés électromagnétiques pour créer de l'en suspensde l'attenant mais ne se touchant pas. Comment cela marche-t-il ? Rien de bien sorcier ; la réponse tient d'ailleurs en une ligne :


M \ddot x = Mg - \frac{K_{ap}}{(x-x_{ap})^2} - \frac{K_{ea}I^2}{(x-x_{ea})^2}


Pas assez clair ? Bon... On pense toujours à la capacité qu'ont les aimants d'attirer les objets en fer, en oubliant que cela ne concerne justement que le fer (nickel, cobalt,etc,.) matériaux dits ferromagnétiques. Or, il existe des matériaux diamagnétiques qui, eux, sont sinon repoussés par les aimants du moins enclins à fuir vers les zones magnétiques les plus faibles.

Le procédé de mise en lévitation magnétique repose, on le voit, sur une technique très simple. Tout consiste ensuite à amplifier le phénomène en jouant sur la supraconductivité (une question de basse température) et à équilibrer les paramètres de l'aimant (Kap, Kea, xap et xea), la masse de la charge (M) et g, la constante de gravité. Ci-contre, aimant en suspens au dessus d'une plaquette supraconductrice.

Quant à Monsieur Lavigne ... Dès 1988 il formule le principe de la robosculpture (sculpture assistée par ordinateur) dont il est désormais un pionnier mondialement reconnu. Depuis 1993, l'association Ars Mathematica, dont il est co-fondateur, organise une biennale internationale de sculpture numérique où furent validés les principes de la télé et cybersculpture (www.intersculpt.org). Outre ses travaux d'Art Électronique, soutenus par des écoles, des laboratoires ou des entreprises, Christian Lavigne développe des rencontres artistiques, des créations sur Internet, des projets Nord-Sud, en poursuivant une œuvre labyrinthique dont le fil d'Ariane est le métissage culturel et technologique.

Christian Lavigne travaillant ici sur 
Chant cosmique, une sculpture numérique


Sources : http://www.impressions3d.com/2013/05/16/rien-de-nouveau-sous-les-imprimantes-3d 
http://web.cast.free.fr/webcast35/webcast35.html pour le parcours de Lavigne,  
Wikipédia et philippe.boeuf.pagesperso-orange.fr/robert/astronomie/levitation.htm‎ pour la lévitation électromagnétique