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jeudi 27 mars 2014

Bleu précipice


E. Mueller, tracé de perspectives
sur la jetée irlandaise
De même que les carrés de ciel -piégés par les miroirs de Daniel Koula- répondent au cube de plexiglas suspendu dans le vide, le travail d'Edgar Mueller est à l'image inversée des firmaments peints aux plafonds des églises. Ceux-là ouvraient le ciel au-dessus de nos têtes ; la nouvelle tendance du Street Art s'emploie à ouvrir le sol sous nos pas. Du trompe-l’œil baroque à la peinture 3D.

Le thème du vertige s'est invité sur le blog. Je n'avais pas prémédité son développement. Mais puisqu'il en est ainsi, je me plais à conclure sur une image spectaculaire : celle qu'Edgar Mueller peignit à l'acrylique murale sur la jetée de Dun Laoghaire, port irlandais proche de Dublin. Connu pour ses oeuvres monumentales d'une incontestable puissance dramatique, l'artiste allemand fut invité à recréer un saisissant précipice digne de l'ère glaciaire. Les visiteurs venus assister au Festival des Cultures du Monde en tombèrent d'admiration. Et, si j'en crois les photographies,  furent nombreux à contourner le gouffre. 

L'Âge de glace, Edgar Mueller, 2008

Les 250 mètres carrés (tout de même !) requirent cinq jours de travail à raison de 12 heures de labeur quotidien. Moyennant quoi, pas un détail ne manque à cette avalanche à l'envers : des plaques de glace y chutent, entraînées vers des profondeurs qu'on devine abyssales. 


Des passants prudents

Sources : http://lejournaldemagel.canalblog.com/archives/2009/03/09/12778402.html
http://www.metanamorph.com/index.php?site=project&cat_dir=3D-Pavement-Art&proj=The-Crevasse (galerie de photos)

+ pour ceux qui aiment les trompe-l’œil


J'ai toujours été excellent public pour les trompe-l’œil. Ceux du nouveau Street Art, réalisés au sol, me ravissent. J'aime donc je suis (du verbe suivre). Je suis donc je poste. Cliquez votre chemin si ça vous gave. Sinon, enjoy !


Mind your step, d'Erik Johansson, juin 2011 


Nous avons ici le travail d'un photographe. La faille béante (32 x 18 mètres) creusée en pleine esplanade d'un centre commercial de Stockholm, est en fait un gigantesque tirage photographique, imprimé sur un revêtement, lui-même découpé puis assemblé tel un vaste puzzle. Une vidéo (lien en bas de page) permet de suivre les étapes de cette minutieuse réalisation : tracé des perspectives au cordeau, recherche des roches à photographier, traitement de l'image... Trois semaines de conception et de mise en place, puis 6 jours de gloire pour la faille, comblée au septième. 


Source et lien : http:/erikjohanssonphoto.com/work/mind-your-step/
http://www.youtube.com/watch?v=iP6N9yXWeBM (le making of)

mercredi 26 mars 2014

Avancez sans crainte, ce n'est que du vide !


Le bien nommé Pas dans le vide

Non, ceci n'est pas la dernière photo d'un dépressif sur le point de réussir une spectaculaire défenestration. Seulement celle d'un touriste auquel le plexiglas de cette cabine un peu spéciale permet de contempler sereinement les 1000 mètres de vide qui s'étendent sous ses pieds. Nous sommes au sommet de l'Aiguille du Midi. Nom de l'attraction, Le Pas dans le Vide

La cabine, quasi invisible, est l'oeuvre
 de la société de construction Laubeuf
Le concept existe ailleurs dans le monde (entre autre aux Etats-Unis où le Sky walk invite à traverser le Grand Canyon dans une passerelle de verre) mais le mont Blanc s'est doté de la seule installation existant pour l'heure en Europe. L'idée est d'offrir à ceux qui ne pratiquent pas l'alpinisme, la contemplation des vallées comme ils ne les verront jamais. Et une montée d'adrénaline à proportion des 1000 mètres contemplés.

Tel un lit sorti du
pinceau de Magritte
Le site a ouvert ses portes aux visiteurs en décembre dernier. A en croire les téméraires, la sensation est à couper le souffle. J'ai cru un moment que la photo ci-contre était le prototype d'un audacieux projet d'hôtellerie sur le même mode. Que nenni ! Elle témoigne plus prosaïquement des derniers tests de sécurité, effectués en présence de la société constructrice et d’experts. Ce que je pris pour moelleux édredons et oreillers en nombre (une vraie couche de sybarite !) sont en fait des sacs de sable : une charge totale d'1,5 tonne. Conçue pour résister à des vents dépassant les 200 km/h, endurer des températures de moins 40°, le Pas dans le vide présente les garanties de sécurité plus qu'optimales. Reste à avoir le goût des sensations fortes et une bonne endurance au vertige. Tous sont formels, la transparence est telle que l'illusion est totale.


Au pied du mont Blanc, à 3500 m d'altitude

Tel un test de sécurité peint
 par Christian Schloe, 
Wind, clouds and tea

Merci à C. la fée qui m'a soufflé l'idée et envoyé les liens.

Sources : http://www.atlantico.fr/decryptage/pas-dans-vide-au-dessus-alpes-incroyable-cage-verre-aiguille-midi-933881.html
http://www.ledauphine.com/haute-savoie/2013/10/30/le-fameux-pas-dans-le-vide-de-l-aiguille-du-midi-est-termine-depuis-quelques-jours-mais-le-test

mardi 25 mars 2014

Le ciel descendu sur terre



Avril 2012, California’s Joshua 
Tree National Park 
Voici trois clichés réalisés par le photographe Daniel Kula. Ces images ont été prises dans un parc naturel où, en résidence d'artiste, Kula a installé un chevalet avec, en guise de toile, un miroir. Par le jeu des inclinaisons, il a capté des bouts de ciel qui s'invitent dans un paysage fait de roche et de sable. 


Le travail est rassemblé sous le nom de The Edge effect. Découvrant ces photos sur Internaute.com, j'ai immédiatement pensé "pour mon blog". J'avais établi le lien avant même de l'avoir analysé. Il est fait d'inversion, de renversement. Presque tout ce que j'ai publié sur Apesanteur donne à voir l'intrusion -dans les hauteurs- de ce qui relève du bas. Ici, phénomène inverse d'un carré de ciel venu se poser sur le sol pierreux d'un désert. 





Source : http://universe-religion.com/daniel-kukla-the-edge-effect/

dimanche 16 mars 2014

Le vertige des hauteurs


Saint Barthélémy, à Plaisance du Touch
Nous voici partis pour une petite flânerie dans les églises. Nous avons beaucoup à y voir, à commencer par leurs vertigineux plafonds. Archi-tectes, peintres et autres bâtisseurs d'églises ont mis en oeuvre tous les moyens possibles afin de nous convaincre que, dans l'enceinte sacrée, nous sommes aux portes du ciel. Dans l'antichambre de Dieu. De la hauteur que diable ! 

Nef de l'église La Seu, Palma
Tel une prière, tout édifice religieux s'inscrit dans la verticalité et tend vers le ciel, siège universellement assigné aux dieux. Si ses 48,5 mètres de hauteur de voûte font de la cathédrale de Beauvais la plus haute église d'Europe, un édifice peut-être plus élancé se trouve aux Baléares : l'église La Seu de Palma en compte 4 de moins mais l'incroyable finesse de ses piliers confère à l'ensemble un caractère de légèreté unique. Ces monumentales constructions entendent inspirer à celui qui y pénètre le sentiment de sa petitesse : une métaphore de l'humain devant le divin. Y entrer c'est entrer dans un monde attenant au ciel et les rites (doigts trempés dans le bénitier, déplacements codés, génuflexions...) répondent à l'intimidant décorum des lieux : profusion d'images et de statues, encens, vitraux filtrant la lumière, objets du rite, cierges... Imprégné de magie, saturée de symboles, l'église n'est plus tout à fait sur terre. Tournée vers les cieux, il est logique qu'elle en offre un aperçu aux regards des fidèles. Aux voûtes et à leurs fresques revient d'assurer cette mission



Andrea Pozzo, L'Apothéose de Saint
 Ignace de Loyola
, 1685-1694
Tourner les yeux vers le plafond d'une église est bel et bien s'abîmer dans un azur mystique : on n'y voit qu'anges et élus de Dieu, ailes et corps glorieux en lévitation. Ci-contre, la célèbre fresque de l'église Sant'Ignazio di Loyola, à Rome. Edifiée en 1626, l'église fut privée de sa coupole d'origine. On demanda à Andrea Pozzo, maître du trompe-l'oeil, de reproduire l'illusion du volume et de la profondeur sur un plafond redevenu plat. Pozzo choisit de représenter l'apothéose du fondateur de la Compagnie de Jésus, dans un déploiement étourdissant de figures. Il y fit merveille grâce à sa maîtrise absolue du sotto in su et de la quadratura, techniques utilisées par les grands peintres et architectes baroques pour simuler un espace tridimensionnel. Ce travail requit 9 ans au peintre jésuite et est considéré comme son chef d'oeuvre, au même titre que la coupole détruite dont il recréa génialement l'illusion.



Achevons ce billet sur une oeuvre saisissante, de 5O ans antérieure à celle de Pozzo. Il s'agit de la fresque du Duomo de Parme, due à da Corregio. Peintre de la Renaissance, il vécut un peu retiré ce qui expliquerait le développement d'un style personnel et les libertés qu'il prit, par exemple, avec les techniques de la perspective héritées du Quattrocento, au profit de la perspective tournoyante. Il est considéré comme un précurseur du Baroque. Avec cette Assomption de la Vierge, la voûte du Duomo s'ouvre, dans une orgie de lumière, vers un espace illimité, incommensurable. Un vertige ascensionnel, littéralement aspirant. 

Da Corregio, L'Assomption de la Vierge,
1525-1530


Sources : http://www.rome-roma.net/sant-ignazio-di-loyola.html
http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-1204252048.html (analyse détaillée de l'oeuvre du Corrège)