vendredi 25 avril 2014

La raie manta, impériale nageuse


Manta birostris, appelée
aussi diable des mers
De face, la raie manta est un des animaux les plus laids de la création. Sa tête est munie de deux cornes céphaliques (sortes de moignons courbes) qui l'aident à déloger des fonds marins les petits poissons et crustacés dont elle se nourrit. Si certaines des 500 espèces rassemblées sous le nom de raie sont venimeuses, la manta ne présente, elle, aucun danger. Les plongeurs nagent volontiers à ses côtés. Manta vient de l'espagnol où le mot signifie couverturePoisson plat dont le corps dessine 

Voilure d'une fantomatique caravelle
un carré, l'animal évoque en effet un immense drap flottant. Là réside la spectaculaire beauté de ses apparitions. Entre soucoupe volante et vaste oiseau aquatique (l'envergure d'une raie manta peut atteindre 6 mètres), elle bat placidement les mers de ses larges ailes-nageoires, en un vol d'une élégance sidérante. Que l'accompagnement musical un peu grandiloquent de la vidéo ne vous gâche pas la pure magie du spectacle. 





Sources : http://www.encyclo123.com/-Poissons/256.html
https://www.youtube.com/watch?v=v1S6mTRV5ZA

+ pour la baleine et la brindille


Hannah Fraser,
vraie sirène de conte
Des photos de mode sous l'eau ? Maillots et paréos, soit mais des robes du soir ? Absurde...sauf si derrière cette incongruité se cache une bonne cause. En termes de causes, la protection des requins-baleines est excellente. Que le nom de requin n'induise personne en erreur : rien de plus inoffensif que ce placide géant (de 12 à 18 mètres pour un individu adulte). Et rien de plus majestueusement beau. Je ne parle pas à la légère : j'en ai vu en Mer Rouge. Sollicités par l'association WildAid, Kristian Schmidt et Shawn Heinrichs ont réalisé des images féériques où deux mannequins, adeptes de la plongée, font les belles au nez des requins-baleines d'Oslob, un village de pêcheurs aux Philippines. Les bénéfices de la vente des photographies ont été reversés à des associations locales.

Je choisis deux clichés : celui où Miss Fraser m'évoque irrésistiblement la fée Clochette tenant tête à ce gros doudou et celui où, devenue petit poisson, 
elle se faufile entre les  géants. 


Photo Kristian Schmidt, 2012


Photo Shawn Heinrichs, 2012

Sources : http://chicquero.com/?attachment_id=14756
http://www.bluespheremedia.com/2012/12/whale-shark-fashion-shoot-world-first/
Galerie photo sur ces deux sites. 

jeudi 24 avril 2014

Eaux minérales en pub


Eau aromatisée thé
pêche, campagne 1999
Quelles que soient les modes et les priorités de l'époque, les eaux minérales sont d'abord vendues au nom des bienfaits qu'apporte leur consommation. Les concepts clés sont, sans surprise, pureté, équilibre, descendue des plus hauts glaciers, remontée des entrailles vives de la terre... assortis de la spécialité de chacune : riche en magnésium, favorise la digestion, l'élimination, entretient votre ligne... Les eaux gazeuses ou aromatisées -plus proches des sodas que de l'eau plate- ont élargi leur registre aux plaisirs festifs et à la légèreté des bulles. Suivent quelques images en analogie avec ma tocade-apesanteur.



Eau céleste déversée par l'ange Vittel.

Publicité Vittel, 1900


Ô diablesse, l'une des nombreuses pin up Perrier.

Ici, logo vintage décliné en set de table


La fraîcheur du bien nommé melon d'eau.

Ioli natural mineral water,
conception agence Spot JWT, Athènes


Capsules volantes : des bouchons faits pour sauter.

Lancement de la Badoit Maxi, 2002


Vapeurs d'Evian, le bain de beauté.

Campagne américaine pour Evian,
date non précisée

mercredi 23 avril 2014

Quand le Bain turc d'Ingres s'en va flottant


Le Bain turc, Jean-Auguste-Dominique Ingres,
1862

Le Bain turc est la dernière toile d'Ingres. Il la signa à l'âge de 82 ans, après l'avoir travaillée et retravaillée près de 15 ans. Outre le perfectionnisme (connu et avoué) d'Ingres, il s'agissait, dans ce cas précis, de produire une oeuvre maîtresse, synthèse de son art. Avant de parler du travail qu'un artiste contemporain fit autour du Bain, attardons-nous sur l'oeuvre.

Photo de 1859, montrant
Le Bain Turc dans sa
forme initiale
C'est une scène de harem. Nous y voyons un groupe de femmes se délassant dans la salle de repos du hammam. Le tableau associe le motif du nu et le thème de l'Orient. Fait de corps alanguis et offerts, il baigne dans l'érotisme. Commandé à Ingres par un membre de la famille impériale (nous sommes sous le Second Empire), le tableau fut livré en 1859 puis renvoyé au peintre car jugé trop osé. Il était alors de forme rectangulaire. Ingres reprend la toile, décide d'en faire un tondo (forme circulaire) : la femme étendue (à droite) qui scandalisa tant le premier acquéreur, est en partie escamotée, l'arrondi souligne le côté clos de ce monde de nudité. Enfin, le tondo nous place dans la position de l'indiscret qui observe la scène par la lucarne. 

Le foulard de la joueuse
de luth, épicentre de la toile
L'érotisme du tableau y gagne, la composition -déjà construite sur des tracés circulaires- aussi, devenant plus enveloppante. Le tableau fut finalement acquis par Khalil Bey, ambassadeur ottoman. Peu de risque de pruderie chez ce collectionneur éclairé, commanditaire de L'Origine du monde de Courbet. Le tableau ne fut révélé au grand public qu'en 1905, à l'occasion d'une rétrospective consacrée à Ingres, 38 ans après sa mort et entra au Louvre en 1911. Audacieuse de sujet et de traitement, la toile scandalisa (Paul Claudel) aussi bien qu'elle enthousiasma (Picasso). 

Revenons à la scène représentée. A part la baigneuse (à gauche du tableau) qui se laisse glisser dans un bassin,  les femmes sont au sec, installées dans la salle de repos où thé et musique sont servis. Si elles n'étaient nues, on pourrait les croire dans un salon. Un peintre turc, Mustafa Altintas, fit en 1990 toute une série de variations autour de la toile d'Ingres. L'artiste a rétabli l'espace que le tondo avait aboli, tout en conservant aux femmes leur monde clos. Elles y flottent dans un carré de ciel ou de mer, selon les toiles et le regard qu'on veut bien y porter. Ravies au monde terrestre du salon, les cinq baigneuses dérivent en apesanteur, au sein d'une bulle spatiale ou sous-marine. Le bleu et le rouge (Ingres en avait mis quelques touches) ont envahi la toile : le corps blanc des odalisques reflète les lumières cosmiques ou océanes qu'elles traversent. Les tableaux sont sans titre.








Sources : http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-bain-turc
http://www.linternaute.com/sortir/art/bain-turc-ingres/bain-turc-ingres-fg.shtml
http://www.mustafaaltintas.com/v3_plt/platin.aspx?platinID=76&section=3&subSection=cat&subSectionID=33&lang=ENG

mardi 22 avril 2014

Vénus née des flots


La Naissance de Vénus,
Sandro Botticelli, vers 1485
Un de mes amis soulignait le caractère passablement gore de la mort d'Orphée. Et la naissance de Vénus donc ! Sa splendide nudité surgissant de la mer est à jamais associée au célèbre tableau de Botticelli. Les peintres ont préféré esquiver l'épisode précédant cette glorieuse apparition : Cronos châtrant Ouranos, son père dont il jeta les testicules à la mer. Du sang et de l'écume mêlés, naquit la déesse de la beauté.

Arnold Böcklin, 1872
J'apprends (je ne fais que cela sur ce blog !) que les attributs de Vénus-Aphrodite font d'elle une divinité à la fois marine (protectrice des ports, pouvant calmer la mer), terrienne (déesse du mariage tout autant que de l'amour vénal) et aérienne (veillant sur les acropoles et l'amour céleste). Elle est, avec Jupiter, la divinité gréco-romaine la plus représentée dans la peinture. Figurée invariablement nue (un pan de voile ou de cheveux dissimule tout au plus son pubis), Vénus-Aphrodite procède de l'effleurement : celui des voiles au contact de son corps, celui de son corps au contact de l'eau. Elle naît posée sur un immense coquillage ou le dos d'une créature marine. Si Vénus touche l'eau de la mer, jamais elle ne s'y enfonce. Si elle s'y allonge, son flan est porté, frôlant la surface des flots. La mer est sa couche, comme le sont les nuages sur d'autres représentations : Vénus au corps plantureux mais apesant et subtil. Privilège de déesse.


Naissance de Vénus, Alexandre Cabanel, 1863


Image illustrative de l'article La Naissance de Vénus (Boucher)
Naissance de Vénus, François Boucher, 1754


Nymphes des eaux, Paul Delvaux, 1938


Sources : http://mythologica.fr/grec/aphrodite.htm
http://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_peintures.htm

+ pour une immatérielle Vénus


Voici deux versions de la naissance de Vénus. Elles ont en commun une immatérialité, comprise et interprétée de façon différente. Les rassembler ici m'a paru intéressant. L'une est l'oeuvre de Lovis Corinth, peintre allemand à la charnière du XIXème et du XXème siècle. La formule consacrée est qu'il fit une synthèse personnelle, unique en son genre, des mouvements impressionniste et expressionniste. Dans sa Naissance de Vénus, la déesse n'émerge pas tant de la mer que de la peinture elle-même. Elle apparaît sous la forme d'une vaporeuse énergie. J'y ajoute un tableau du symboliste Odilon Redon. Le peintre bordelais a traité ce thème mythologique à travers plusieurs toiles. Je choisis celle où la déesse lévite. La mer n'y est figurée que par le coquillage géant où Vénus dort, blottie dans sa chrysalide marine en forme de vulve. 


Naissance de Vénus, Lovis Corinth,
1923
Odilon Redon, 1912























Source : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2008/04/05/lovis-corinth/

lundi 21 avril 2014

Les grandes eaux du Cirque du Soleil


Affiche japonaise de
Worlds Away,  2012
Worlds Away est un film interprété par la troupe du Cirque du Soleil : il agit d'extraits de spectacles assemblés sous forme de fiction. Une histoire assez conventionnelle (deux amoureux sont séparés et vont se chercher à travers des univers inquiétants et féériques) sert de fil narratif à cet enchaînement de numéros éblouissants. Voulu par James Cameron (Titanic et Avatar), réalisé par Andrew Adamson (Shreck), le film a été tourné en 3D avec les caméras developpées pour Avatar. Il vaut pour ses spectaculaires tableaux et les effets de caméra -on le devine- propres à couper le souffle. Ce qui m'amène à parler du film est néanmoins d'un autre ordre : nous en étions à l'eau...


Tout se passe comme si les moyens offerts par le cinéma avaient ouvert au Cirque du Soleil les ressources artistiques de l'eau : ballets nautiques (avec underwater shooting, il va sans dire), supplice du jeune premier livré aux appétits de sirènes-murènes (lumière rouge, grand frisson), descente des chevaux de bois, des cintres jusqu'aux eaux bleues d'un lagon ...

Tableau In an octopus's garden
Mais le plus magique est sans doute cette scène où le héros se réveille sur un lit au fond de la mer. Au-dessus de lui virevolte tout un monde de poissons vifs, calamars cornus et ondoyantes méduses. Cette séquence n'a pas eu besoin d'eau : la profondeur du chapiteau figure à merveille un vaste aquarium et les acrobates, tels des poissons... dans l'eau y évoluent avec leur talent habituel. Les méduses dans leur translucide crinoline sont formidables.


Le ciel a sa part dans le spectacle : y vogue un fantomatique bateau doté, tel celui du Capitaine Crochet, d'un équipage véhément. Ce tableau est un bijou : les trapézistes semblent voler. La musique, mi-gaélique mi-orientale, rythme leur agilité de démons. 


Sources : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=203790.html
https://www.youtube.com/watch?v=SF4-_H-PL38 (si vous voulez voir le tableau In an octopus garden)