jeudi 5 juin 2014

Apesanteur radieuse : le baptême du petit jour


Cette photo de Spencer Tunick est à mes yeux un sommet de poésie. Elle nous offre une interprétation infiniment subtile de l'apesanteur. L'image diffère des nus de masse qui ont fait la réputation du photographe. Ici, les participants ont été placés de façon à ce que chacun soit distinct. Tous sont nus mais couverts d'un long voile diaphane qui tombe jusqu'à leurs pieds. Placés dans un paysage désert, les figurants sont de profil, tournés vers le nord. Derrière eux, le soleil se lève et inonde la scène. Les voiles capturent la lumière, formant des halos qui révélent les silhouettes à contre-jour.


Protestations Kiev
Festival de Burning Man, août 2013, Spencer Tunick


La photographie a été prise à l'occasion des rencontres artistiques de Burning Man, dans le désert du Black Rock au Nevada. Rendez-vous avait été donné en fin de nuit afin que tout soit prêt lorsque le soleil se montrerait. Une des grandes beautés de l'image tient à la progression de la lumière qui baigne d'incandescence les silhouettes les plus reculées alors que celles du premier plan sont encore bleues de nuit. Au fur et à mesure qu'elle atteint les rangs, la lumière opère une métamorphose : les sihouettes s'illuminent comme des bougies. Forte de résonances spirituelles, l'image parle -à qui le veut bien- la langue du panthéisme.


Source : http://burners.me/2014/05/15/desert-spirits-get-naked/

mercredi 4 juin 2014

Design apesanteur : la lampe fantôme


La Phantomenal III
L'image du jour -illustration publicitaire- vaut non par les qualités de la photographie mais par l'objet qu'elle présente. Quelques designers se sont plu à créer de facétieux objets donnant l'illusion d'être en apesanteur : verres où le liquide versé reste en suspension (jeu de double fond) ou lampes dont une partie de l'abat-jour flotte au-dessus de l'ampoule (par lévitation électromagnétique). Echapper aux lois de Newton est du dernier chic ! Voici la Phantomenal. Contraction anglaise de phantom et phenomenal, son nom entend souligner le caractère surnaturel et unique de l'objet.


Le jeune designer Godrik Van Deum l'a réalisée pour Gvesner, studio de création fondé par deux passionnés d'art contemporain. Ils ont oeuvré à trois, animés du désir de dépasser les limites de l'objet utilitaire décoratif pour atteindre à l'objet de collection. Si la qualité des matériaux et le fini de la réalisation sont irréprochables, c'est à l'illusion d'optique -flottement en apesanteur brillamment simulé - que la lampe Phantomenal doit son cachet. Ni accrochée au mur, ni suspendue au plafond, elle est tout simplement posée au sol, soutenue par le câble d’alimentation qui semble souple mais a, en réalité, été rigidifié par thermoformage. La mise au point a demandé des mois de recherche. La vraie bonne idée reste, à mon sens, d'avoir opté pour un modèle basique, éminemment familier : voir flotter à 75 cm du sol un objet high-tech très stylé causerait moins d'effet que surprendre cette bonne vieille lampe de chevet que nous jurerions tous avoir eue, en flagrant délit d'envol. 


Sources : http://www.boite-a-design.com/p-62-lampe-white-eternite-apesanteur.html
http://www.phantomenal.com/press/phantomenal_press_review.pdf
http://www.marieclairemaison.com/

mardi 3 juin 2014

Apesanteur symboliste : le char d'Apollon


Le Char d'Apollon1906
L'oeuvre d'Odilon Redon (1840-1916) est captivante. Je suis étonnée que la renommée du peintre ne soit pas plus étendue. Généralement classé au rang des symbolistes, plus finement adoubé peintre des rêves par une exposition qui lui fut consacrée au Grand Palais en 2011, il fait surgir de ses tableaux des visions étranges, à la fois vaporeuses et grandioses. Ainsi vont les toiles consacrées au char d'Apollon, thème de prédilection qu'il traita entre 1905 et 1914. Aucune source consultée n'établit le nombre exact de versions du Char d'Apollon que Redon réalisa. J'en ai compté onze. Toutes représentent le quadrige du dieu soleil mené en plein ciel, à diverses heures du jour, de l'aube au  soir tombant.

Rappelons que dans la mythologie grecque, le char d'Hélios, dieu du soleil, parcourait le ciel, apportant clarté puis obscurcissement aux jours. Apollon, divinité des arts et de la lumière, lui empuntait parfois son équipage. Peut-être est-ce en le conduisant qu'il parvint à tuer Python, le monstrueux serpent qui vivait au pied du Mont Parnasse. Ces détails sont importants car sur ces toiles, Redon s'est clairement intéressé à la victoire du dieu. Certaines portent le sous-titre explicite de Combat de la lumière contre l'obscurité et toutes donnent à voir -au bas du tableau- les anneaux du serpent agités des convulsions de la mort.


Odilon Redon, Le Char d'Apollon, 1910

Python anéanti, le triomphe d'Apollon est total et c'est cette victoire de la vie que célèbre chacune des toiles de la série. Redon fait éclater les couleurs (à ne pas croire qu'il fut pendant 20 ans le peintre du fusain, adepte exclusif du noir). Peinture à l'huile avec rehauts de pastel, la version de 1910 représente un ciel de matin encore strié d'aurore. La lumière prévaut sur la forme, la dissout ; seuls les chevaux sont distincts, premiers sortis de cette double naissance : celle du jour et celle d'une ère d'où le serpent est banni. Le dieu est comme noyé dans son propre éclat. La pureté du ciel -un camaïeu de bleus enrichi de vert à proximité du char- est admirable. On flotte dans l'éther. Les blancs chevaux tirent vers le haut ; un seul observe la gueule du serpent moribond. La mort du mal rend sa légèreté au monde, comme dompter ses démons (nés de la guerre de 1870) a rendu Redon à la couleur.


Sources : http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/redon/chardapollon.htm
http://art-magique.blogspot.com/2012/05/odilon-redon-le-char-dapollon.html (11 versions y sont reproduites)
http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=000PE021936

lundi 2 juin 2014

Apesanteur cosmique : l'aurore boréale


L'arc-en-ciel aurait pu faire l'objet poétique d'un billet. D'une certaine façon, cette spectaculaire image, prise de l'ISS, répare ma négligence : l'aurore boréale que l'on voit ici évoque à la perfection une écharpe brillante serpentant autour de la planète bleue. Les aurores polaires sont des phénomènes lumineux essentiellement visibles à haute latitude nord (aurores boréales) ou sud (on les nomme alors australes). Créées par des particules électriques (ions et électrons dont sont chargés les vents solaires) précipitées dans la haute atmosphère terrestre, elles apparaissent sous forme de taches diffuses, d'arcs isolés ou de rubans de plusieurs milliers de kilomètres. D'un vert opalescent, les aurores polaires baignent occasionnellement notre ciel de teintes pourpres ou violacées. Leur luminosité peut dépasser celle de la pleine lune.


Aurore boréale vue de l'ISS le 29 mai 2010, crédit NASA


Je prends superficiellement connaissance de quelques mythes et légendes que les aurores polaires ont inspirés aux peuples de l'Arctique et de Scandinavie. Cela a le mérite de renouveler le bestiaire mythologique (y apparaissent les phoques, les baleines, les rennes, les renards...) et de nous ramener à la thématique de la mort. Dans ces lumières surnaturelles, différentes civilisations ont en effet voulu voir soit des âmes d'enfants morts-nés, soit des esprits jouant ou venus accueillir les nouveaux défunts. Ce qui retient mon attention, c'est qu'aujourd'hui où le phénomène est parfaitement connu (les premières études datent du XVIIème siècle, menées par Pierre Gassendi et Edmond Halley), ce cliché de la NASA apparaît sur plusieurs blogs d'ufologie (étude des OVNI). Sans prétendre détenir une photo de soucoupe volante, ils sont quelques uns à l'avoir choisi comme illustration à la question : et si nous n'étions pas seuls dans l'univers ? Au-delà ou mondes parallèles, les aurores boréales semblent condamnées à éclairer l'imaginaire des hommes. 


Sources : http://www.linternaute.com/science/environnement/photos-terre/aurore-boreale.shtml
http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/aurore_polaire/24145
http://www.transients.info/2014/04/examining-2014-april-grand-cardinal.html

dimanche 1 juin 2014

Apesanteur mystique : Sainte Rita


Si ma mémoire est bonne, le travail de Nicolas Poussin a bénéficié d'un regain d'intérêt à partir des années 80. Je connais à peine son oeuvre (je crois l'avoir surtout vue dans les illustrations des Lagarde et Michard de mes années de lycée) mais cette toile-là me plaît énormément. Elle est, au regard du thème traité, étonnante de sobriété. On y voit une femme survoler un gros bourg de la campagne italienne, portée par des nuages. Ni anges, ni ciel glorieux ne viennent souligner le caractère miraculeux de ce voyage. Son geste est certes empreint d'adoration mystique, mais c'est une femme sans auréole (lors de l'épisode figuré, elle n'est encore ni sainte ni même entrée dans les ordres) qui l'accomplit. Dénuée de toute trace d'emphase, cette représentation de Rita de Cascia est profondément fidèle à l'image que la dévotion populaire se faisait d'elle.


Nicolas Poussin, La Translation miraculeuse
de sainte Rita de Cascia, vers 1633


Patronne des causes désespérées, sainte Rita fut l'objet d'un culte fervent bien avant sa béatification en 1628 et sa tardive canonisation, en 1900. A quoi tient cette dévotion jamais démentie envers celle qui n’a ni fondé d’ordre religieux, ni produit d’écrits spirituels, ni subi de ces sanglants martyres qui marquent délicieusement les imaginations ? Peut-être à ce que l'on sait de sa vie : d'une grande pauvreté, mariée à un homme brutal, perdant ses deux fils fauchés par la peste, c'est une femme de son époque (le XVème siècle), à l'existence somme toute ordinaire. J'apprends que le peintre Yves Klein la vénérait entre autres pour avoir voyagé par la voie des airs. C'est précisément la scène que représente Poussin. Veuve et déterminée à entrer au couvent des soeurs augustines, Rita s'en voit refuser l'accès à trois reprises. Selon les hagiographes, elle reçut une nuit la visite de Saint Jean-Baptiste. Et la voici transportée -c'est la fameuse translation- jusques dans la chapelle du couvent où elle aspirait à entrer. Le vol à dos de nuages n'est explicite dans aucune des versions officielles de la vie de la sainte (on se borne à dire qu'elle se retrouva chez les Augustines sans comprendre comment), mais la légende eut tôt fait de remplir les blancs laissés par l'ellipse narrative et Rita est souvent figurée flottant au ciel, vivante, ce qui la distingue de ses pairs qui, eux, n'y montèrent qu'à leur mort.


Sources : http://www.news.va/fr/news/yves-klein-en-vol-avec-sainte-rita
http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Rita/SteRita.html
http://www.journal-la-mee.fr/484-art-histoire-et-legendes

samedi 31 mai 2014

Dernières pages de l'album


Avant de refermer Apesanteur, je regarde les images que je destinais au blog et qui n'y auront finalement pas trouvé place. J'en choisis six, décidée à consacrer à chacune un billet, même simple. Toutes me touchent et les rassembler dessine un panorama assez complet de ce qui a pu être écrit ici.




1- Odilon Redon, Le Char d'Apollon 2- Spencer Tunick, Burning man 3- Aurore boréale vue de l'ISS ; 4- Nicolas Poussin, La Translation miraculeuse de sainte Rita de Cascia  5- Joan Miro, La Baigneuse  6- La lampe Phantomenal III

vendredi 30 mai 2014

Comme une bulle


Bulles de savon, petit
bonheur de l'enfance
Dans la langue courante, il n'y a au bout du compte que deux choix : on est léger comme une plume ou comme une bulle. Tout le reste (j'improvise : léger  comme un cosmonaute en orbite, comme le rêve, comme une mariée de Chagall, comme une fonction dérivée, comme un ange vaporisé d'hélium, comme un flirt en zéro G ou encore un couscous moléculaire gluten free) n'est que littérature. 

Une fois rappelé qu'une bulle est une sphère d'air gainée de liquide (ou d'une matière en fusion puis solidifiée), qu'en dire ? Reste le plaisir des yeux et la diversité des inspirations.


Bulles de luxe

Vitrine au Printemps Haussman, réalisée
par l'agence Lune Rousse, mai 2012


Bulle plasmique

Salon Laval Virtual 2013 : des bulles de 
savon pour écran de projection


Bulles pour belle

Pour une manucure oxygénée (sic)


Clair de bulle

Anne Friry, Plume, sans date connue


Sources : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/bulle/11670
http://www.sortiraparis.com/loisirs/shopping-mode/articles/52360-eau-de-chloe-vous-offre-un-shooting-gratuit-au-printemps-haussman
http://www.blog-nail-art.fr/